Une femme convie un homme à une dernière rencontre, où tous deux s’interrogeront : l’amour oblige-t-il à la haine, et où peut-on parler d’amour ?
Le pays en question, c’est le continent étrange et magique de l’amour. Immense sujet. Aurore Paris nous offre une pièce d’une grande finesse émotionnelle, où les mots tentent de réveiller les fantômes d’un ancien amour. Anna, actrice célèbre et condamnée par la médecine, convoque Louis, professeur de philosophie qu’elle avait quitté brutalement des années plus tôt ; elle lui demande d’écrire ses mémoires.

Dans l’intimité d’une île isolée, le duo rejoue les douleurs du passé avec une tension retenue et une sensibilité vibrante.
Influencé par le cinéma-vérité (Cassavetes, Pialat), Menjou-Cortès à la mise en scène privilégie une approche organique du jeu et de la direction d’acteurs, conférant à la pièce une vérité poignante. Les corps se frôlent, se heurtent parfois, les regards, les gestes discrets disent ce que les mots n’osent formuler. Les musiques – de Supertramp à Mompou – viennent ponctuer cette dérive intime, cet errement qui n’en finit pas de désirer.

La mise en scène faussement indécise donne à cette rencontre une tonalité de rêve, presque irréelle. On pense à Pinter, aux TgStan. Les choix scénographiques renforcent l’impression d’un huis clos suspendu entre souvenirs et regrets.

Ce pays qui nous était destiné explore la mémoire amoureuse avec délicatesse et cruauté. Avec aussi le doute, celui de savoir s’il s’agissait d’amour. Éternelle question…
Et puis il y a Vanessa Fonte qui tient avec un immense talent un personnage inoubliable à la pliure entre l’étrange et le quotidien, entre le commun et le magique. La comédienne subjugue.
Mise en scène : Vincent Menjou-Cortès
Jeu : Vanessa Fonte et Vincent Menjou-Cortès
Scénographie : Fanny Laplane
Création lumière : Clarisse Bernez-Cambot Labarta
Régie son et lumière : Thomas Rizzotti
Régie plateau : Gils Barichnikoff
Costumes : Salvatore Pascapè
Peinture : Damien Caccia
Regards chorégraphiques : Émilie Camacho et Lucien Reynès
Vu le 3 juillet 2025 au 11, Avignon. Photos Emmy Martens


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