Avignon off : l’essentiel « C.R.A.S.H »

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La pièce C.R.A.S.H aborde l’affaire dite de Tarnac, une indigne erreur judiciaire où un groupuscule d’ultragauche fut accusé à tort d’avoir saboté les caténaires d’une ligne TGV. Une relaxe totale n’excusera pas une administration judiciaire gourmande à l’époque d’un terrorisme non djihadiste qui aurait tordu le cou aux amalgames en découvrant un terroriste chez l’ultra, l’anarchiste devenu depuis gilet jaune et fondateur de la revue Tiqqun, Julien Coupat, inculpant dans le même mouvement hâtif sa compagne Yildune Lévy.

La terrible méprise démarre à la suite du signalement des autorités américaines et canadiennes sur la participation clandestine de Julien Coupat à une réunion internationale d’anarchistes à New York, en janvier 2008 ; celui-ci fut arrêté alors qu’il passait clandestinement la frontière américano-canadienne. La justice française crut voir en lui un terroriste et un chef de gang ; les délais de la procédure ont accentué les dégâts causés par l’erreur judiciaire. Pour sa pièce, Sophie Lewisch a choisi une lecture volontairement complotiste des événements. Derrière ce biais volontairement outré, C.R.A.S.H s’impose comme une charge implacable contre les dérives de l’appareil d’État et le naufrage des principes démocratiques. Sous nos yeux, c’est un effondrement méthodique qui se joue – celui de la justice, de la raison, et peut-être de notre époque elle-même.

Sophie Lewish, au scalpel de l’écriture, dissèque avec précision l’affaire de Tarnac, transformée ici en théâtre du réel. Sur scène, un procès s’ouvre : les caméras tournent, les postures s’affichent, et l’arbitraire règne en maître. La mise en accusation devient une mise en scène. La salle d’audience ? Un théâtre. Le verdict ? Une farce. Et dans ce tribunal où la présomption d’innocence semble reléguée aux oubliettes, ce sont les victimes que l’on traque, pendant que les puissants s’érigent en justiciers grotesques.

La galerie de portraits – Michèle Alliot-Marie, Nicolas Sarkozy et autres figures du pouvoir – frôle la caricature, mais touche juste. On rit, parfois jaune, devant ce cortège d’arrogance et d’aveuglement.

On frissonne, aussi, en entendant la juge de la 14e chambre reconnaître elle-même que « le groupe de Tarnac était une fiction ». Tout est dit.

C’est là toute la force du spectacle : faire de la fiction le seul moyen de rendre justice à une réalité devenue insensée. Le théâtre, dans C.R.A.S.H, ne se contente pas de représenter : il révèle, il accuse, il répare. Et sous la légèreté apparente, c’est une férocité salutaire qui affleure. Un spectacle aussi nécessaire que percutant.


 C.R.A.S.H », écriture et mise en scène de Sophie Lewisch à 19h50 au théâtre des Carmes. Vu le 6 août 2021 à la maison Maria Casarès à Alloue


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David Rofé-Sarfati est psychanalyste (Association Lacanienne Internationale, Espace Analytique) et fondateur de L’Autre Scène. Dans sa clinique, il reçoit à Paris 17e et développe une réflexion originale sur la psychanalyse du comédien et s’est spécialisé dans les enjeux psychiques de la PMA.

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