Avec le jubilatoire Les Galets au Tilleul sont plus petits qu’au Havre (ce qui rend la baignade bien plus agréable), Claire Laureau et Nicolas Chaigneau avaient écrit une pièce autour de la fonction phatique. Ils présentent au OFF, leur deuxième opus, tout aussi jouissif.
Claire Laureau et Nicolas Chaigneau, membres de la compagnie PJPP, ne font pas de la danse classique. Leur lien au corps et leur goût pour l’absurde est devenu leur marque de fabrique. Leur dernier spectacle, Derrière, joue sur un concept simple : un duo construit un théâtre de l’échec, basé sur des ratés, des tentatives maladroites ou inabouties, mais, bien sûr, interprétés avec une maîtrise étonnante. Le tout, sans décor, avec seulement une table et deux chaises, dans un minimalisme qui valorise l’attention portée aux gestes, au son et aux mimiques.
Ce qui émerveille, c’est la façon dont ils transforment ce vide apparent en une source infinie d’imaginaire et d’attente curieuse. Leur travail sonore et gestuel crée des situations à la fois gênantes, drôles et touchantes, où le public devient acteur à part entière, participatif et réactif.
La scène se mue en un espace de dialectique ludique, où se déploie une réflexion sur les dynamiques de la mise en scène, la frontière ténue entre fiction et réalité. L’apogée du spectacle vient dans une apothéose aussi hilarante qu’irrévérencieuse, incarnée par un final mêlant son et lumière sur Mylène Farmer, symbole de cette fascination pour l’art de manipuler, de déconstruire et de réinventer.
Laureau et Chaigneau nous invitent à déployer notre propre inventivité par un appel à la fois au rire et à la méditation, redonnant vie à la fragile magie du spectacle.
De Nicolas Chaigneau, Claire Laureau, vu le 8 juillet 2025, Visuel Affiche

