La salle de théâtre est minuscule. Nous sommes 5 spectateurs. Nous savons qu’il va être question de justice et de sadomasochisme.

La justice désigne l’homme comme coupable d’une violence faite à la femme et la femme leur apprend qu’elle a seulement consenti à un choix de jouissance sadomasochiste.

Le pitch semble intéressant. L’affiche est certes aguicheuse mais on attend la plaidoirie intelligente qui va faire vaciller nos certitudes.

Très vite, nous apprenons que l’accusation est grave (faits de tortures, violences, humiliations, etc.) et que la défenderesse n’en est pas moins celle, dont l’accusé fût le maître.

L’occupation de l’espace scénique est simple. Il existe une scène vide devant le rideau qui représente le prétoire et une scène derrière le rideaux qui incarne le lieu intime de la femme. La pièce alterne entre l’actrice-esclave et l’actrice-avocate, par un jeu d’ouvertures et fermetures du rideau.

Une fois le décor »planté », on assiste à la rencontre de la future esclave avec son maître, incarné par une voix. L’actrice se tient debout sur cette minuscule scène, vêtue d’une fine lingerie noire en dentelle, porte-jarretelles inclus.

Le malaise est immédiat. Un grand miroir nous permet de la voir de face comme de dos.
Elle joue faussement l’ingénue et le maître n’est pas très autoritaire. Elle touche ses parties intimes devant le public. Le malaise ira grandissant tout au long de la pièce. Une boue glauque qui cache mal une plaidoirie déclamée, peu convaincante, « encouragée » par une gestuelle inadaptée et des intonations de voix mal placées.

Le parti pris d’exposer son corps nu finit par lasser. Elle nous impose son exhibitionnisme jusqu’à déambuler nue entre les travées étroites de ce tout petit théâtre. Elle mime la maltraitance jusqu’à la nausée. On est au bord de l’écoeurement. Une envie de fuir cette boue prend aux tripes. Aucune ligne de fuite, aucune tentative de sublimation. On est dans du corps pur. Elle passe de l’ingénue à la furie désirante sans transition.

Pendant le « procès », le maître perd la parole. Elle sera restée le maître du jeu du début à la fin de leur histoire, contrairement aux apparences.

La pièce nous violente davantage qu’elle nous invite à la réflexion. Le texte déclamé ne convainc personne. L’écoeurement inhibe ou bien annihile la réflexion.

D’habitude, le masochiste dirige toujours davantage qu’il n’est dirigé. Mais ce soir, le public a refusé d’être dirigé, d’être fasciné par la violence, ni même empathique. Ce soir, notre liberté a été entravée. Nous ne souhaitions pas être les témoins de sa jouissance.

Cette poupée malaisante défend une forme de liberté dont les gesticulations théâtrales n’ont pas entraîné la conviction des spectateurs.


vu le vendredi 4 juillet 2025 au Festival off Avignon

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