C’est Rachida Dati elle-même qui l’avait proposé au président de la République. Lundi 1er août, Clément Hervieu-Léger devient le nouvel administrateur général de la Comédie Française. Une nomination que certains traduisent comme un retour à l’exigence artisanale du plateau, et que d’autres perçoivent comme un pari sur la discrétion élégante.
Comédien de la maison depuis 2005, sociétaire depuis 2018, metteur en scène au regard affûté et fondateur de la Compagnie des Petits Champs, Hervieu-Léger est bien un homme de l’intérieur. À 48 ans, il succède à Éric Ruf, après une décennie marquée par une ouverture assumée aux metteurs en scène internationaux et un dialogue fécond avec le public contemporain.
Le nouveau directeur arrive avec une feuille de route aussi ambitieuse que complexe : élargir le répertoire sans diluer l’héritage, intensifier les tournées et les productions audiovisuelles, tout en œuvrant à une plus grande accessibilité pour les jeunes générations et les publics éloignés. Une gageure dans un paysage théâtral où les insaisissables injonctions politiques croisent les contraintes budgétaires et écologiques.
Dès janvier 2026, la salle Richelieu fermera ses portes pour une vaste rénovation énergétique. La troupe jouera “hors les murs” : huit théâtres parisiens et les Amandiers à Nanterre serviront une programmation chahutée.
Acteur à la sensibilité rigoureuse, Clément Hervieu-Léger a incarné Robespierre dans La Mort de Danton, Dorante dans Le Bourgeois gentilhomme ou encore Günther von Essenbeck dans Les Damnés. Son parcours est jalonné de collaborations avec des figures fortes : Lilo Baur, Denis Podalydès, Robert Wilson…
En tant que metteur en scène, il a offert au théâtre français L’Éveil du printemps de Wedekind dans son intégralité — geste rare, presque politique — et revisité Marivaux et Tchekhov avec une attention sensible à la langue et au souffle du jeu.
Son mandat s’ouvre alors que la saison 2025-2026, encore estampillée Éric Ruf, aligne des propositions fortes : Les Femmes savantes par Emma Dante, Le Cid par Podalydès, Hamlet par Ivo van Hove. Hervieu-Léger y imprimera sa marque avec L’École de danse de Goldoni.
La Comédie-Française n’a jamais été un théâtre d’hommes providentiels, mais un théâtre de permanences, de dialogues et de tensions fructueuses. Clément Hervieu-Léger y incarne cette vision structurante : un art du temps long, des fidélités fécondes et une foi solide dans le pouvoir des textes. À l’heure des transitions, son approche porte peut être une bascule, à sa manière. A suivre.


