Une mise en scène percutante

Face au public, trois comédiennes assises les unes à côté des autres sur une estrade –  est-ce un échaudage, un escabeau grande taille ? L’adresse au public est scandée par ce passage de la prise de paroles de l’une à l’autre. Trois approches, trois expériences de la féminité et d’interdits tenaces au regard d’une sexualité parfois reniée, du moins dérangeante, portent le texte.

Ces récits mis en scène depuis plus de trente ans s’ancrent dans notre actualité : comment aborder le plaisir des femmes à partir de cet organe qu’est le vagin, comment concevoir la liberté de vivre des femmes hors systèmes répressifs, comment respecter cet élan de vie ?

De la joie à la scène

Jouissif est d’entendre la liste des synonymes du mot vagin, coquin, déguisé, imaginé, le mot dévoile aussi un interdit de reconnaissance du plaisir féminin. De même, les cris de la jouissance sont répertoriés selon leur intensité, un répertoire semblable à un classement d’appartenance sociale.

Progressivement, de l’humour porté et magnifiquement investi par les comédiennes, une tension dramatique voit le jour. Violence et puissance de l’homme qui contraint, viole la petite fille. Incarné avec une grande délicatesse, la comédienne manipule, maltraite presque sa robe, frissonne au cœur de cette scène odieuse. 

Sont mis en mots et dénoncés des actes barbares :  les mutilations sexuelles.

La description de la consultation gynécologique déploie par l’humour  (bec de canard introduit dans le vagin) une froide réalité d’un intime exploré là où la relation soignant-soigné.e relève de l’acte et non de la relation.

Singularité et performance des comédiennes

La sobriété de la mise en scène embrasse de multiples versants de la sexualité féminine : 

La jeunesse, Galia Salimo, dansante, usant de l’humour (rouge à rêves) crée une complicité avec le public. L’évocation de la courte jupe alors que la sienne, sur scène, est très longue se déploie comme la pièce vestimentaire de la liberté. Faudrait-il avoir une justification à offrir aux regards jugeant ? De même, le string évoque un sous-vêtement de l’inconfort, crée une image réaliste et drôle d’une contrainte surréaliste.

Aurore Auteuil dans un jeu goguenard se moque d’un rapport homme femme où l’illusion prend sa place. Qui est dupe d’un jeu de pouvoir ? La réalité intérieure force le jeu de la séduction. Un récit dans lequel responsabilité et plaisir de vivre s’entremêlent. Camille Léon-Fucien assise entre les deux comédiennes . Et se déroulent les situations d’amour naissantes, Michel, l’homme à la Chevrolet blanche, le beau parti.

Salut à l’œuvre qui se dessine, avant même que les comédiennes apparaissent, sous les yeux du public surpris, d’un visage de femme. Elle porte des boucles d’oreilles, un collier, rouge à lèvre et grands cils signent des représentations classiques de la femme. Spectaculaire est sa chevelure légère créant un bouquet de fleurs colorées. Un ou deux papillons se déposent sur les pistils. La beauté sensuelle s’expose telle la fécondité de leur qui n’a pas fini d’être jouée.  

La sexualité : un débat public ?

Le sujet sensible du vagin relié à celle des femmes et de représentations, clichés et surtout d’injustices au sujet de la sexualité homosexuelle (gouine), hétérosexuelle, pédophile… Usage condamné et condamnable d’un exercice de pouvoir allant de soi par sa transmission, l’absence d’un questionnement et d’un silence sur des actes criminels. Cette œuvre met des mots sur le caché, le honteux, sacré parfois que sont les relations sexuelles éloignées de relations amoureuses. L’idéal et le romantisme gagnent sur la scène social bien loin de réalités cruelles : féminicides et violences ordinaires. 

Les monologues du vagin créent une rencontre, bousculant l’isolement du sujet, de situation de femmes, à s’étioler. Des liens inattaquables et noués avec la force de la conviction abordent la dimension politique.

Être citoyennes sans être réduit à une appartenance genrée, sexualisée. Le débat continue dans un texte engagé où la scène théâtrale tient le haut du pavé.


Les monologues du vagin, de V (Eve Ensler), traduction : Coralie Miller et Alexia Perimony. Mise en scène Aurore Auteuil. Avec Galia Salimo, Camille Léon- Fucien et Aurore Auteuil.Lynda@LagenceLM.com.  (Crédit photos : Béatrice LIVET) Vu le 15 octobre 2025, au Studio Marigny

Soyez le premier à lire nos critiques et contributions

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture