« t.c.h.e.k.h.o.v. » , un Tchekhov à trois voix et piano

au Théâtre du Ranelagh jusqu’au 24 janvier

Trois comédiennes font revivre Anton Tchekhov dans une biographie scénique aussi pédagogique qu’enlevée. Drôle, intelligente et profondément théâtrale, t.c.h.e.k.h.o.v. nous plonge dans l’univers russe de l’auteur en rappelant, par une idée dramaturgique brillante, que les grands esprits sont toujours pluriels.

Il y a des spectacles qui instruisent, d’autres qui divertissent. Plus rares sont ceux qui parviennent à faire les deux sans jamais choisir. t.c.h.e.k.h.o.v. appartient résolument à cette seconde catégorie : une pièce pédagogique, certes, mais surtout une pièce vivante, drôle, enlevée, qui capte l’attention du public et la retient jusqu’au bout.

Trois comédiennes — Odile Ernoult, Clémentine Lebocey et Elsa Robinne — se partagent la scène et, plus audacieusement encore, se partagent Tchekhov lui-même. L’idée est brillante : faire jouer Anton Tchekhov alternativement par chacune d’elles. Non comme un gimmick, mais comme une évidence dramaturgique. Car Tchekhov n’est pas un bloc, il est un faisceau. Et ce dispositif nous rappelle que nous sommes tous pluriels, et à plus forte raison, les génies!

À travers une syntaxe théâtrale précise et jubilatoire, les comédiennes incarnent tour à tour tout un monde : le père ruiné, les frères, la sœur, les amours, la femme, l’éditeur, Stanislavski… Le jeu est rapide, souple, constamment adressé au public, comme si la scène et la salle partageaient le même souffle. On apprend sans jamais avoir l’impression d’assister à une leçon.

Le spectacle nous plonge avec gourmandise dans l’univers russe de Tchekhov : la faillite familiale, les années de médecine, les piges dans les journaux moscovites, l’expédition à Sakhaline, l’engagement humaniste à Melikhovo, la révolution théâtrale avec le Théâtre d’Art, la maladie et l’exil à Yalta. Une vie courte, mais densément habitée. Et la mise en scène épouse ce rythme : rapide, soutenu, sans temps mort.

Fidèles à l’auteur qui affirmait obstinément que ses pièces étaient des comédies, les trois interprètes traversent la biographie avec une joyeuseté grave, un humour jamais forcé, toujours juste. On rit, souvent. Et pourtant, derrière le rire, affleure ce qui fait la signature tchékhovienne : cette violence secrète, ce regard impitoyable et tendre à la fois sur l’humanité toujours occupé à se divertir pour se risquer et prédire le bonheur.

Dans cette fausse déconstruction du geste théâtral, « t.c.h.e.k.h.o.v. » est une déclaration d’amour au théâtre : un théâtre qui pense, qui joue avec son public, qui transmet sans asséner, et qui rappelle que la scène est le meilleur endroit pour donner à entrevoir la complexité humaine.

Une réussite joyeuse et intelligente, à l’image de celui qu’elle célèbre.



D’après la vie et l’œuvre d’Anton TCHEKHOV. Direction de l’écriture & mise en scène Etienne LUNEAU. Musique Joseph ROBINNE. Lumières Emilie NGUYEN. Costumes & décors Anne LACROIX. Avec Odile ERNOULT, Clémentine LEBOCEY, Elsa ROBINNE, Joseph ROBINNE. Vu le 4 janvier 2026 au Théâtre du Ranelagh


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