Nous gardons en mémoire la mise en scène du Requiem de Mozart signée Stéphane Braunschweig à l’Opéra national de Bordeaux en janvier 2023, une production « zéro achat » conçue à partir de décors recyclés. Clément Poirée pousse cette démarche écologique encore plus loin en proposant une expérience participative pour son Avare : il invite le public, avant le début du spectacle, à déposer toutes sortes d’objets oubliés dans les tiroirs ou les placards. Pendant la représentation, une partie de la scène se transforme en atelier de théâtre, où les décors et les costumes sont fabriqués exclusivement à partir de ces objets déposés.


La perte de l’objet

Clément Poirée se risque à revisiter la comédie de Molière en mode radin. Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides. Tout le monde est là, les interprètes, mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et ce qu’il veuille bien donner. Objets en tout genre, vêtements, draps, livres, papiers peints, boîtes, bijoux, CD, craies, café soluble… Le divertissement théâtral s’inventera sous nos yeux.

Sur scène, Harpagon court après sa cassette. Dans la salle, celles et ceux qui expérimentent la perte de leurs objets, rient lorsqu’ils reconnaissent leur foulard, leur livre, leur bibelot apparaissant sur scène, dans les mains d’un comédien, dans la perruque d’une comédienne. C’est un rire d’enfant qui croit voir revenir son objet perdu, mais il y a en ceci aussi le rire de l’adulte qui comprend que son objet perdu est devenu l’objet manquant pour un autre. C’est psychiquement aussi ambivalent que drolatique.

Ce rire souvent se mêle aux autres ; la pièce est drôle. Très drôle.

La fabrication en direct-live

L’autre formidable expérience du spectateur est la simultanéité : la confection des costumes et des décors a lieu durant la représentation. Le spectacle, hautement vivant, est planté dans le ici et maintenant. Tout semble construit en direct, avec force et talent. Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy façonnent les costumes. Stéphanie Gibert invente les sons et les musiques au gré des enregistrements du public et des CD collectés. Les artisans-artistes sont remarquables.

Les magnifiques

Clément Poirée a emporté avec lui dans cette réjouissante entreprise des comédiens et des comédiennes magnifiques. Nommons-les : John Arnold (jouissif en Harpagon mystérieux, colérique, pathétique), Mathilde Auneveux (elle est un phénomène, elle joue Elise), Pascal Cesari (Cléante), Virgil Leclaire (La flèche), Nelson-Rafaell Madel (Valère sexy), Laurent Menoret, Marie Razafindrakoto et Anne-Élodie Sorlin (celle qui avait collaboré avec Les Chiens de Navarre est une jubilatoire Frosine).

La joie

La direction d’acteur emprunte au cirque et au clown. Les nombreuses adresses au public finissent de fabriquer le show. Un seul mot résumerait l’Avare de Clément Poirée : la joie.



L’avare de Molière
mise en scène Clément Poirée
avec John Arnold, Mathilde Auneveux, Pascal Cesari, Virgil Leclaire, Nelson-Rafaell Madel, Laurent Menoret, Marie Razafindrakoto, Anne-Élodie Sorlin
collaboration à la mise en scène Pauline Labib-Lamour
scénographie Erwan Creff
assisté de Caroline Aouin
lumières Guillaume Tesson
assisté de Marine David
costumes Hanna Sjödin
assistée de Camille Lamy
musique, son Stéphanie Gibert
assistée de Farid Laroussi
maquillage Pauline Bry-Martin
assistée de Sylvain Dufour
régie générale Yan Dekel
habillage Émilie Lechevalier, Solène Truong

Crédit photo Fanchon Bibille

Vu le 13 septembre au Théâtre de la Tempête – Paris


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