Projection au Cinéma Les 3 Luxembourg

67 rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

DIMANCHE 14 DÉCEMBRE 2025, à 20h

Deux pianos

Un film d’Arnaud Desplechin

Drame. France. Octobre 2025. 1h 55min

Réservation des places 

La projection sera suivie d’une rencontre-débat.

Mathias Vogler rentre en France après un long exil. La mentore de sa jeunesse, Elena, souhaite qu’il donne une série de concerts au piano à ses côtés à l’Auditorium de Lyon. Mais, dès son retour, une rencontre avec un enfant qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, son double, plonge Mathias dans une frénésie qui menace de le faire sombrer, et le mènera à Claude : son amour de jeunesse.

AVANT-PROPOS DE JEAN-JACQUES MOSCOVITZ :

« Hello, love, I talk with  you again…by some pianos , two Is too  much?

.. ok two. ELENA est le métronome des images sonores, c’est elle qui  marque le temps.  Tel un père qui fait lien de transmission avec le temps, ici du cinéma, comme dans SPECTATEURS projeté au Regard qui bat en mars 2025. L’image est et reste au présent, et Arnaud Desplechin en fait acte d’anticipation par son jeu d’images. Acte de nouer la musique avec le risque d’une chute dans le vide de l’amour qui est maître absolu de notre Je, où le désir, à chaque instant, se  confronte à l’amour qui,  pour garder le dessus sur le les corps , s’en remet à la jouissance d’aimer. Le féminin de Claude se veut pragmatique, celui d’Elena, la vétéran, se retrouve à procrastiner paisiblement. 

Hello love… 

… Pourquoi fais-tu ce que tu veux à ce point, pourquoi viens-tu ? Pars-tu? reviens-tu ? Tu désires pour toi ou pour nous, pour chacun d’entre nous, pour elle, Claude, l’héroïne amoureuse si belle qui veut dire oui, qui veut dire non, pour lui qui ne sait pas qu’il sait.. . 

A suivre…

AVANT-PROPOS DE DAVID ROFÉ-SARFATI :

Avec Deux Pianos, Arnaud Desplechin signe une œuvre inquiète, profondément poétique. Le personnage de Mathias Vogler (François Civil), pianiste virtuose revenu d’un long exil, pose la question centrale du film : comment accorder la passion et le quotidien, l’art et la vie, le désir et la filiation ?

L’amour et l’impossible articulation du quotidien

Comme souvent chez Desplechin, le film parle de l’amour comme discordance. Mathias retrouve Claude (Nadia Tereszkiewicz), amour ancien et mère d’un enfant dont la filiation reste trouble ; le sentiment amoureux se cogne au réel.

Deux Pianos met en scène la disjonction fondamentale entre l’élan et la durée, entre la scène du désir et celle de la répétition. Au sens musical comme au sens analytique. Autre chose : le film figure le débordement comme une impasse, un impossible à vivre.

La figure impossible du père

Le thème le plus vertigineux du film tient à la question irrésolue du père. Chez Mathias, la paternité n’est jamais assumée, parce que la position elle-même vacille. Le père (en disparaissant au début du film) n’existe plus, n’existe pas ; il est un point d’absence autour duquel tout s’organise. C’est dans une béance que s’engouffre le féminin : la mère, l’amante, la mentor sont autant de figures qui suppléent à la défaillance masculine. Le féminin se poste dans une toute puissance cruelle. Le père n’est plus celui qui nomme, mais celui qu’il faut repérer pour le suppléer. Desplechin filme cette suppléance.

L’agent interprété par Hippolyte Girardot est délicieux; il est notre représentant dans le film. Il observe amusé ce qui advient. Conscience morale, il sait par avance que rien n’est plus irréfragable que la répétition des choses de la vie.

La musique comme métaphore du lien et du manque

Deux Pianos, c’est : deux instruments, deux voix, deux subjectivités cherchant l’accord sans jamais l’atteindre. Le piano devient métaphore du dialogue impossible entre l’homme et la femme, entre le père et l’enfant, entre le sujet et son double. La musique, comme l’amour, se joue à deux — mais toujours en décalage, toujours à contretemps. Seule respiration, éphémère et comme volée au destin : la rencontre sexuelle.

Une œuvre sur le ratage mais pas que …

Le film est un grand film pour les psychanalystes ; il n’est pas une quête de vérité, mais un travail de l’entre-deux, du manque, du ratage. Au fond c’est un film de l’impossible : impossible d’aimer sans perdre, impossible d’être père sans vaciller, impossible de créer sans se soumettre et donc se briser un peu. Une voie/voix existe toutefois, foncièrement optimiste (et Juive) celle de la transmission qui sauve de tous les ratages.

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