Le comédien Pierre Vial est mort samedi 20 décembre 2025, à l’âge de 97 ans. Son fils, le comédien Nicolas Vial, a annoncé la nouvelle sur les réseaux sociaux avec ces mots que répétait souvent son père ces dernières années : « Quand je serai mort, pleurez-moi – un peu – mais pas trop longtemps. » Nicolas ajoute simplement : « Merci d’avoir été ce papa là. »

La nouvelle a profondément ému la communauté théâtrale. Le sociétaire Éric Génovèse, qui le considérait comme son père de théâtre, a écrit sur Facebook : « Nous sommes nombreux aujourd’hui à perdre un Papa. Pierre était mon professeur, il m’a donné l’autorisation de me rapprocher de moi, il m’a ouvert la voie (la voix) des grands textes puis il a été mon metteur en scène, puis mon partenaire, et s’est même prêté à jouer dans un de mes spectacles. Il n’y avait pas plus vivant que Pierre ; plus curieux et avide d’aventures, plus généreux, plus ouvert, plus engagé, plus fidèle. »

Une vocation précoce

Né en 1928 à Paris, Pierre Vial découvre sa vocation à l’âge de huit ans en assistant à une représentation de Knock avec Louis Jouvet. Formé à l’école de la Rue Blanche puis au Conservatoire national d’art dramatique dans la classe de Denis d’Inès, le jeune apprenti comédien connaît un choc esthétique déterminant au début des années cinquante lorsqu’il découvre Bertolt Brecht et la comédienne Helene Weigel venus jouer avec la troupe du Berliner Ensemble au Théâtre des Nations, à Paris.

Après son expérience d’instituteur pendant la Guerre d’Algérie, le théâtre devient pour lui bien plus qu’un second souffle : une renaissance, un métier qu’il pratique avec calme et rigueur. De retour en France, il anime aux côtés de René Jauneau des stages itinérants d’éducation populaire par le théâtre, qui donneront naissance aux Nuits de l’enclave de Valréas.

Un parcours de directeur et de pédagogue

Pierre Vial entre à la Comédie de l’Ouest, passe par le TQM de Marseille jusqu’en 1963, puis dirige la Comédie de Saint-Étienne de 1970 à 1975, succédant à Jean Dasté. Il y monte des classiques et des auteurs vivants comme Xavier Pommeret et Lauro Olmo.

Parallèlement à sa carrière d’acteur, Pierre Vial se distingue comme pédagogue. Il enseigne au Conservatoire national d’art dramatique de 1975 à 1993, puis au Théâtre national de Chaillot à partir de 1998. Parmi ses élèves, on compte Éric Génovèse, Michel Fau et Geoffroy Guerrier. Il a formé toute une génération de comédiens en alliant étroitement sa pratique artistique à une réflexion sur le travail du comédien.

Le compagnon d’Antoine Vitez

L’aventure la plus marquante de Pierre Vial reste sa collaboration de plus de quinze ans avec Antoine Vitez, du Théâtre des Quartiers d’Ivry au Théâtre national de Chaillot. Il participe à nombre de ses mises en scène les plus marquantes, notamment Hamlet de Shakespeare où il interprète Polonius (1983), et le spectacle mythique Le Soulier de satin de Paul Claudel (1987).

En 1989, Antoine Vitez, devenu administrateur de la Comédie-Française, l’engage au Français. C’est une consécration.

À la Comédie-Française

Entré à la Comédie-Française le 27 mars 1989, Pierre Vial en devient le 512e sociétaire le 1er janvier 2005, puis sociétaire honoraire le 1er janvier 2010. Il quitte la troupe le 31 décembre 2010.

Engagé par Antoine Vitez, il joue tout d’abord Pierre Detouche et William dans Comme il vous plaira de Shakespeare, mis en scène par Lluís Pasqual (1988), puis Philippe Strozzi dans Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mis en scène par Georges Lavaudant (1988), ou encore Foresight dans Amour pour amour de William Congreve, mis en scène par André Steiger (1989).

Jean-Pierre Vincent le choisit pour interpréter M. Fal dans La Mère coupable de Beaumarchais, Salle Richelieu (1989). Aux côtés de Roland Bertin, il incarne le rôle de Priuli dans la dernière mise en scène d’Antoine Vitez, La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, dans la scénographie crépusculaire et magnifique de Yannis Kokkos.

Parmi ses rôles marquants : le Chœur dans Antigone de Sophocle, mis en scène par Otomar Krejča (1992), Maître Agapito dans La Serva amorosa de Carlo Goldoni, dirigé par Jacques Lassalle (1992), Théramène dans Phèdre de Racine, mis en scène par Anne Delbée (1995), Liapkine-Tiapkine dans Le Révizor de Gogol, mis en scène par Jean-Louis Benoit (1999).

Au Théâtre du Vieux-Colombier, il joue notamment Hérode et le Chœur dans Le Privilège des chemins de Fernando Pessoa, conçu et mis en scène par Éric Génovèse en 2004 – spectacle auquel participait également l’actuel administrateur de la Comédie-Française, Clément Hervieu-Léger. Il incarne encore Gorgibus dans Les Précieuses ridicules de Molière, mis en scène par Dan Jemmett (2007), M. Perrichon dans Le Voyage de Monsieur Perrichon d’Eugène Labiche, mis en scène par Julie Brochen, ainsi qu’Escartefigue dans Fanny de Marcel Pagnol, mis en scène par Irène Bonnaud (2009).

Hors du Français

En dehors de la Comédie-Française, Pierre Vial joue dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, mis en scène par Jean-Pierre Vincent (1987), La Mouette de Tchekhov, mis en scène par Andreï Konchalovsky puis repris par Giorgio Strehler à L’Odéon-Théâtre de l’Europe (1989), Anna Christie d’Eugène O’Neill, mis en scène par Philippe Clévenot à la Comédie de Genève (2000).

Dès 1998, il prend part au projet de l’ARIA (Association des Rencontres Internationales Artistiques) fondée par le comédien Robin Renucci en Corse, à travers différentes mises en scène, interprétations ou lectures – prolongeant ainsi l’esprit des stages d’éducation populaire par le théâtre qu’il animait dans sa jeunesse.

Au cinéma

Au cinéma, il collabore notamment avec Bernard Revon pour Les Turlupins (1980), Georges Wilson pour La Vouivre (1989), et connaît la notoriété populaire avec la comédie de Jean-Marie Poiré, Les Visiteurs I et II (1993 et 1997).

Metteur en scène

Comme metteur en scène, il signe notamment Le Déluge d’Ugo Betti, L’Illusion comique de Corneille et La Lève de Jean Audureau.


Pierre Vial laisse son fils, Nicolas Vial, comédien.

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