Indiscutablement, pour Stéphane Varupenne, comédien de la Comédie-Française, le théâtre est une fête. On se souvient de la poilade inventée avec son camarade Sébastien Pouderoux : Les Précieuses ridicules. Il crée cette fois, Salle Richelieu, façon vaudeville, la pièce de Nicolaï Erdman, Le Suicidé.


Photo : Vincent PONTET

Nous savions que le communisme engendre des tyrans paranoïaques et des peuples d’esclaves, habités par la peur. La pièce « Le suicidé » de Nicolaï’ Erdman 1Nikolaï Robertovitch Erdman est né d’une famille allemande russifiée.  Il soutient la cause révolutionnaire par un engagement dans l’armée rouge au début de la guerre civile russe (1917 à 1923). Très tôt, il écrit pour le théâtre des librettos d’opérettes et de ballets, des sketches, des paroles de chansons, des parodies sur des thèmes d’actualité et des transpositions pour la scène. Sa première œuvre dramatique, le Mandat (1924) connaît un succès foudroyant. La pièce loufoque raconte la lutte de deux familles, l’une nostalgique du régime tsariste, l’autre de petite bourgeoisie. Ensemble, elles tentent d’améliorer leur sort en trouvant dans leurs relations un membre du Parti communiste. Sa seconde pièce, Le Suicidé, connaît un sort beaucoup moins heureux. Le régime politique est en train de devenir totalitaire. La commission du Politburo. interdit la pièce et de surcroît Erdmann devient suspect. Un petit poème satirique sur Staline lui vaut d’être arrêté en octobre 1933 et condamné à trois ans d’exil.  Jusqu’à sa mort, Erdman écrit pour le cirque, fait des adaptations pour le théâtre et vit essentiellement du cinéma. dresse le portrait hilarant d’un loser coincé dans une société piégée par le totalitarisme et la tyrannie.


Une intrigue sous forme d’un mot d’esprit

La farce imaginée par Nicolaï Erdman2 raconte l’histoire d’un déclassé coincé dans un minuscule appartement au sein d’une kommunalka (appartement communautaire) avec sa femme et sa belle-mère.

Sémione, chômeur, se réveille la nuit, affamé, et réclame à sa femme un bout de saucisson. Un comble en ces temps de famine ? Une scène de ménage éclate. À la suite d’un quiproquo, sa belle-mère et sa femme se persuadent qu’il veut mettre fin à ses jours. L’ensemble des corps sociaux, politiques et religieux de la ville et du pays vont faire le siège du pauvre garçon. Ils veulent, dans l’acte désespéré d’un monde qu’on assassine, que Sémione revendique son geste pour leurs causes respectives, des causes en danger de disparition par la dictature communiste : Le clergé, l’art, les intellectuels, les petits commerçants, l’amour lui-même. Le déclassé convoité par tous vit son heure de gloire. À la condition de sa mort.

Photo : Vincent PONTE

Une farce

Stéphane Varupenne a choisi de délaisser le manifeste politique ; le combat d’édification du public est aujourd’hui gagné. Il se concentre sur la puissance humoristique du comique de situation. La pièce est une fête du théâtre. Au premier acte, le décor se constitue en un labyrinthe au sein duquel les personnages passent et repassent à un rythme soutenu. Au deuxième acte, dans un gymnase, tout ce petit monde se retrouvent à un bal festif des faux semblants.

Photo : Vincent PONTET

Une troupe comique

Alors, il est où mon crime ?

Adeline d’Hermy pousse très loin la clownerie. Elle incarne la femme du « suicidé » campé par un Jérémy Lopez hilarant et tendrement attachant. Tandis que Serge Bagdassarian est parfait de persuasion. Sylvia Bergé, Florence Viala, Christian Gonon ou encore Julie Sicard défendent avec brio la bouffonnerie. Chaque gag fonctionne. La salle Richelieu gronde de rires.

L’habileté de Stéphane Varupenne consiste à mener la talentueuse troupe du Français dans une chorégraphie à la manière d’un vaudeville sans émousser le sophisme du texte et l’absurde de la situation politique.

L’histoire de cet homme victime de tout cependant que coupable par avance émeut aux rires. À la fin, optimiste, « Le « suicidé » est une comédie, l’amour de la vie persistera.

Le Suicidé


d’après Nicolaï Erdman
mise en scène Stéphane Varupenne


avec la troupe de la Comédie-Française
Sylvia Bergé, Florence Viala, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Adeline d’Hermy, Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger, Anna Cervinka, Yoann Gasiorowski, Clément Bresson, Adrien Simion, Léa Lopez


le comédien de l’académie de la Comédie-Française
Melchior Burin des Roziers
et les musiciennes et musiciens en alternance Vincent Leterme, Véronique Fèvre, Hervé Legeay, Martin Leterme*


surtitrages disponibles
langue des signes française, français adapté, français, anglais

Crédit photos ©Vincent PONTET

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    Nikolaï Robertovitch Erdman est né d’une famille allemande russifiée.  Il soutient la cause révolutionnaire par un engagement dans l’armée rouge au début de la guerre civile russe (1917 à 1923). Très tôt, il écrit pour le théâtre des librettos d’opérettes et de ballets, des sketches, des paroles de chansons, des parodies sur des thèmes d’actualité et des transpositions pour la scène. Sa première œuvre dramatique, le Mandat (1924) connaît un succès foudroyant. La pièce loufoque raconte la lutte de deux familles, l’une nostalgique du régime tsariste, l’autre de petite bourgeoisie. Ensemble, elles tentent d’améliorer leur sort en trouvant dans leurs relations un membre du Parti communiste. Sa seconde pièce, Le Suicidé, connaît un sort beaucoup moins heureux. Le régime politique est en train de devenir totalitaire. La commission du Politburo. interdit la pièce et de surcroît Erdmann devient suspect. Un petit poème satirique sur Staline lui vaut d’être arrêté en octobre 1933 et condamné à trois ans d’exil.  Jusqu’à sa mort, Erdman écrit pour le cirque, fait des adaptations pour le théâtre et vit essentiellement du cinéma.
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