Indiscutablement, pour Stéphane Varupenne, comédien de la Comédie-Française, le théâtre est une fête. On se souvient de la poilade inventée avec son camarade Sébastien Pouderoux : Les Précieuses ridicules. Il crée cette fois, Salle Richelieu, façon vaudeville, la pièce de Nicolaï Erdman, Le Suicidé.

Nous savions que le communisme engendre des tyrans paranoïaques et des peuples d’esclaves, habités par la peur. La pièce « Le suicidé » de Nicolaï’ Erdman
Une intrigue sous forme d’un mot d’esprit
La farce imaginée par Nicolaï Erdman

Sémione, chômeur, se réveille la nuit, affamé, et réclame à sa femme un bout de saucisson. Un comble en ces temps de famine ? Une scène de ménage éclate. À la suite d’un quiproquo, sa belle-mère et sa femme se persuadent qu’il veut mettre fin à ses jours. L’ensemble des corps sociaux, politiques et religieux de la ville et du pays vont faire le siège du pauvre garçon. Ils veulent, dans l’acte désespéré d’un monde qu’on assassine, que Sémione revendique son geste pour leurs causes respectives, des causes en danger de disparition par la dictature communiste : Le clergé, l’art, les intellectuels, les petits commerçants, l’amour lui-même. Le déclassé convoité par tous vit son heure de gloire. À la condition de sa mort.

Une farce
Stéphane Varupenne a choisi de délaisser le manifeste politique ; le combat d’édification du public est aujourd’hui gagné. Il se concentre sur la puissance humoristique du comique de situation. La pièce est une fête du théâtre. Au premier acte, le décor se constitue en un labyrinthe au sein duquel les personnages passent et repassent à un rythme soutenu. Au deuxième acte, dans un gymnase, tout ce petit monde se retrouvent à un bal festif des faux semblants.

Une troupe comique
Alors, il est où mon crime ?
Adeline d’Hermy pousse très loin la clownerie. Elle incarne la femme du « suicidé » campé par un Jérémy Lopez hilarant et tendrement attachant. Tandis que Serge Bagdassarian est parfait de persuasion. Sylvia Bergé, Florence Viala, Christian Gonon ou encore Julie Sicard défendent avec brio la bouffonnerie. Chaque gag fonctionne. La salle Richelieu gronde de rires.
L’habileté de Stéphane Varupenne consiste à mener la talentueuse troupe du Français dans une chorégraphie à la manière d’un vaudeville sans émousser le sophisme du texte et l’absurde de la situation politique.
L’histoire de cet homme victime de tout cependant que coupable par avance émeut aux rires. À la fin, optimiste, « Le « suicidé » est une comédie, l’amour de la vie persistera.
Le Suicidé
d’après Nicolaï Erdman
mise en scène Stéphane Varupenne
avec la troupe de la Comédie-Française
Sylvia Bergé, Florence Viala, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Adeline d’Hermy, Jérémy Lopez, Clément Hervieu-Léger, Anna Cervinka, Yoann Gasiorowski, Clément Bresson, Adrien Simion, Léa Lopez
le comédien de l’académie de la Comédie-Française
Melchior Burin des Roziers
et les musiciennes et musiciens en alternance Vincent Leterme, Véronique Fèvre, Hervé Legeay, Martin Leterme*
surtitrages disponibles
langue des signes française, français adapté, français, anglaisCrédit photos ©Vincent PONTET



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