Le mythe d’Antigone se pare d’un tablier de caissière au Théâtre de Belleville ! Antigone des supermarchés offre une transposition audacieuse et bouleversante de la tragédie grecque, interrogeant avec acuité la capacité de l’individu à résister face à l’absurdité du système, même au cœur de nos quotidiens les plus ordinaires.
Prendre la parole
Une histoire d’amour avec le public, entre la comédienne et elle-même et avec une tante est au cœur du récit que porte , seule en scène, la comédienne. Raconter un rêve, celui d’être reconnue par le monde du théâtre, être pleinement soi-même tel s’envole ce désir d’exister et la découverte d’amours. Amours clandestines et homosexuelles avec, au commencement, une femme de la famille. Secret de scène qui manigance un amour imprévu.
La mascotte : une biographie
Etre mascotte dans une grande surface, serveuse, hôtesse, ces métiers à investir pour vivre telle est la réalité de l’artiste. Devenir mascotte – le poids de la tête de la marionnette bien présente – bien que peu valorisante, cette figure joue la comédie. Etre invisible sous le costume, vivre de la tendresse avec les enfants, vaincre la honte de soi-même et devant ses parents créent l’ambiance du spectacle entre rires et tristesse.
La réalité
Les normes sociales et artistiques interrogent la réalité : les personnages investis sont-ils recevables au regard des clichés ? Phèdre ou Antigone, serveuse ou mascotte, de quelles oppositions s’agit-il ? Le temps s’étire comme l’écart entre le merveilleux et la rudesse subie par le corps. Parler, raconter et chercher un auditoire, la comédienne construit son passé et entrevoit ses projets. Le seuil à franchir se matérialise par l’accès à la subjectivité. Dire, nommer le malaise pour rompre la répétition des choses déjà connues. Phèdre est un texte lyrique, Antigone porte la révolte. Elle est nue sur scène – une chaise comme décor – avec sa parole, son désir non pas de convaincre mais plus de témoigner que le prix du succès à ses propres yeux vaut le coût de l’engagement.
De la douceur et des éclats biographiques nous accompagnent, tout au long de ce récit, ils nous sont adressés, créent une proximité avec ces moments où se recherche une identité, elle s’infiltre. La réalité s’impose, la parole surgit et donne une place à la vie, celle que vit la comédienne et la nôtre inscrite dans le mythe et sa recherche de vérité. Entre supermarché et symbole de vérité. Face au public, la comédienne est bien là, en relation et questionnant ce qu’est la vie, la sienne.
Trigger warning : mentions de violences sexistes et sexuelles. Vu au Belleville le 21 décembre 2025, texte Anne Jeanvoine et Anne Rehbinder. Mise en scène Antoine Rehdinder avec Anne Jeanvoine


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