Entre 1962 et 1967, près de 140 000 Juifs quittent l’Algérie nouvellement indépendante. Présente sur cette terre depuis l’Antiquité, cette communauté avait obtenu la nationalité française par le décret Crémieux de 1870, mais l’indépendance algérienne la place dans une situation intenable.
Ce déracinement (appelé Aqira) s’inscrit dans un mouvement général. Entre 1948 et les années 1970, c’est près d’un million de Juifs qui fuient les pays arabes et musulmans où leurs communautés étaient implantées depuis plus de deux millénaires. Mon Trésor évoque ce monde disparu.
Nostalgie
Cet exil, souvent précipité, brise des siècles d’enracinement. Marc Samuel fait partie de ces enfants arrachés à leur terre natale. Paris de nos jours. Sur scène, un homme de soixante ans replonge dans son histoire. En 1962, à Constantine, son enfance juive est bercée par l’amour maternel, les rues animées, le marché, la synagogue, le muezzin et les fêtes mêlées, avant que la guerre d’Algérie n’impose l’exil.
Marc Samuel livre un récit autobiographique où se mêlent humour et nostalgie. Le trésor évoqué, c’est sa mère, figure centrale du spectacle, mais aussi cette enfance méditerranéenne imprégnée de mélodies judéo-arabes et d’une coexistence harmonieuse des cultures.
Le dispositif scénique est sobre. Marc Samuel raconte plus qu’il ne joue, avec une présence parfois truculente qui instaure une forme d’intimité avec le public. Magali Bonfils est émouvante, elle incarne avec justesse et avec un art de l’acting formidable les figures féminines qui jalonnent ce parcours. Les mélodies traditionnelles ponctuent le récit sans l’alourdir.
Témoignage
Mon Trésor interroge la transmission, ce que l’on garde de ses origines, ce que l’on transforme. L’humour sert de distance face à la douleur de l’exil, les anecdotes s’enchaînent avec une apparente légèreté. On est touché par cette évocation d’un monde disparu, même si le spectacle peine parfois à dépasser l’exercice mémoriel pour atteindre une dimension véritablement théâtrale.
L’expérience spectateur est celle d’un témoignage plus que d’une création dramaturgique, cependant la sincérité est indéniable, l’émotion présente et massive.
De Marc Samuel. Mise en scène : Raphaëlle Cambray. Avec : Marc Samuel et Magali Bonfils Durée : 1h30. La Scène Parisienne – 34 rue Richer, 75009 Paris – jusqu’au 1er avril 2026. vu le 12 janvier 2026


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