Au théâtre du Ranelagh du jeudi au dimanche jusqu’au 3 mai. Samedi 17 janvier à DRAVEIL. Jeudi 26 février à BONNEVILLE. Vendredi 13 mars à PORT JEROME SUR SEINE. Mardi 24 mars à HAGUENEAU. Vendredi 27 mars à FRESNES
Dès les premières secondes, Alexiane Torres s’empare du plateau avec une énergie galvanisante. Elle donne le ton de cette soirée mémorable. Dans une distribution alternante – où elle incarne Marceline et la Baronne – la comédienne lance le spectacle comme on allume une mèche, avec cette urgence jubilatoire qui ne retombera pas une seule minute. Elle est la merveilleuse perle de cette reprise. Elle enchante cette distribution.
Bois d’Enghien,( exceptionnel Stéphane Brel )jeune homme désargenté, s’apprête à épouser Viviane (merveilleuse Agathe Boudrières ), riche héritière. Un seul problème : il doit d’abord se débarrasser de sa maîtresse encombrante, Lucette Gautier, (Fanny Lucet est truculente) chanteuse de café-concert possessive et jalouse.
Pour y parvenir, il parvient à faire passer Bouzin (époustouflant Alexandre Pavlata ) comme l’amant de Lucette. Mais les choses se compliquent lorsque la mère de Viviane, invite à dîner… Lucette elle-même, qu’il a engagée pour chanter lors de la réception !
S’ensuit un ballet infernal de mensonges, de quiproquos et de portes qui claquent. Bois d’Enghien tente désespérément de cacher à Viviane l’existence de Lucette, tout en empêchant Lucette de découvrir son mariage imminent. La mécanique feydélienne bat son plein : chaque tentative de sauver la situation aggrave le chaos, jusqu’à l’inévitable explosion finale où tous les secrets éclatent au grand jour.
On se souvient que Georges Feydeau, né d’une mère d’origine juive polonaise, fut lui-même un homme tourmenté. Déprimé, cocu, il mit fin à ses jours en 1921 après avoir sombré dans la démence syphilitique. De cette noirceur biographique, il tira des chefs-d’œuvre d’une vitalité extraordinaire. Le Fil à la patte, créé en 1894, demeure l’un de ses sommets du vaudeville.
Anthony Magnier a transformé la mécanique de précision feydélienne en une succession vertigineuse de trouvailles scéniques. Minute après minute, le plateau accouche d’un nouveau gag, d’une pantomime inattendue, d’une grimace inspirée, d’une clownerie qui fait mouche. Les adresses au public fusent, brisent le quatrième mur avec désinvolture. La pièce se métamorphose en un rendez-vous complice où spectateurs et comédiens partagent une même ivresse ludique.
Anthony Magnier, metteur en scène et comédien (ici dans le rôle du général Irrigua), a compris l’essentiel : le génie de Feydeau réside dans l’alliance du comique de situation et du burlesque des personnages (donc des comédiens et comédiennes). Il saisit une implication joyeuse du public. Il dynamite les codes avec une inventivité scénique qui fait penser à un Guignol pour adultes. Le public reste scotché, sourire aux lévres. Il frémit, rit aux éclats, applaudit spontanément. Entre les actes, des intermèdes dansés prolongent la fête, pour que jamais laisser retomber la tension joyeuse.
Toute la troupe fait preuve d’une maîtrise époustouflante. Chaque comédien déploie tous ses talents sans jamais perdre le fil de la partition collective ; tout s’emboîte avec une précision horlogère.
La scénographie dépouillée d‘Anthony Magnier, les costumes de Mélisande de Serres et les lumières de Simon Cornevin servent cette urgence : tout concourt à ce que rien n’entrave le rythme effréné de cette machine à rire. Récompensé par le Grand Prix du Festival d’Anjou et le Prix du jury jeune en 2015, fort de plus de 270 dates de tournée, ce Fil à la patte prouve que Feydeau n’a pas pris une ride.
Une joyeuse fête théâtrale populaire, qui rappelle que le rire reste en nos jours sombres l’un des plus gestes les plus prophylactiques.
Avec Magali GENOUD ou Fanny LUCET ; Stéphane BREL ; Alexandre PAVLATTA ou Matthieu LEMEUNIER ; Anthony MAGNIER ; Eugénie RAVON ou Alexiane TORRES ; Agathe BOUDRIERES ou Farah NAAMOUNE ; Anthony ROULLIER ou Gregory BELLANGER et Mikaël FASULO. Scénographie : Anthony Magnier. Costumes : Mélisande de Serres. Lumières : Simon Cornevin. vu le 15 janvier 2026


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