Entre chansons et autodérision, ce solo à deux voix raconte le parcours d’une femme qui a grandi sous le poids des étiquettes et des regards. Un spectacle tendre et politique.


Moche comme un pou possède une tendresse qui désarme, une humanité effrayante tant elle touche juste. Car ce solo-pas-si-solo, porté par deux comédiennes nous rappelle cette vérité simple : derrière chaque personne étrange qu’il nous est donné de croiser se cache un enfant qui a cru au bonheur et qui se promène au monde avec ses traumatismes d’enfance.

« Oh ! Quelle jolie poupée ! » Puis une coupe de cheveux plus tard, patatras. Bascule brutale du regard social, premier verdict qui condamne. Le spectacle commence au sein de cette violence ordinaire, celle qui transforme une fillette en anomalie parce qu’elle refuse les codes esthétiques du féminin. Diagnostiquée FP (féministe précoce!) et estampillée lesbienne, la protagoniste devient le réceptacle de tous les stéréotypes et toutes les peurs. L’inquiétude de chacun devant la castration renvoie la jolie poupée dans l’armée hallucinée de la perversion supposée.

Ce qui aurait pu n’être qu’un témoignage militant devient un objet théâtral singulier. Car elle, c’est elles : deux femmes sur scène. Ce dédoublement permet à Andromak Pequatre, auteure et interprète, de dialoguer avec Angélique Daélia dans une introspection chorale où l’autodérision devient une arme de lucidité.

Entre ironie du sort et second degré salvateur, le duo manie avec élégance l’art de se moquer des idées reçues. On rit de ce parcours d’obstacles identitaires, de cette accumulation d’étiquettes collées au forceps, de cette vie passée à décevoir les attentes normatives. Mais le rire n’efface jamais la gravité du propos : il la rend supportable, il en fait une résistance. Et tout cela se ponctue de chansons et de musiques qui viennent alléger le récit sans jamais en atténuer la portée. A la fin du chemin, un enfant né d’une PMA, un maison à la campagne, un chien, un chat, un authentique bonheur paradoxalement normé.

Jacques Connort signe une mise en scène qui humanise le texte et les corps, refuse la surenchère. Le décor de Jean-Christophe Choblet crée un espace où cohabite tous les âges d’une vie, tous les visages d’une même personne fragmentée par les jugements.

Moche comme un pou célèbre l’audace d’être libre et le courage d’en rire. Il nous dit que chaque autre, chaque alter ego se singularise par ses petites différences. Ces différences sont les marques d’une construction de soi arrachée aux normes, aux regards, aux assignations.

Persister à être soi, envers et contre tout, est peut-être l’acte politique et psychanalytique le plus radical qui soit.

Un spectacle qui nous réconcilie.


Texte : Andromak Pequatre
Mise en scène : Jacques Connort
Avec : Andromak Pequatre & Angélique Daélia
Décor : Jean-Christophe Choblet
Production : Chayil. vu le 19 janvier 2026, visuel affiche

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