Au Splendid, Barbara Lamballais et Karina Testa réveillent l’histoire du procès de Bobigny. Un spectacle choral qui fait du plateau un lieu de transmission et rappelle que les droits des femmes restent fragiles.

Il existe des spectacles qui ne cherchent pas l’exploit formel mais s’imposent par leur nécessité. Le procès d’une vie,Gisèle, Marie-Claire, Michèle… et les autres appartient à cette catégorie. Barbara Lamballais et Karina Testa ont construit leur pièce autour du procès de Bobigny (1972), moment charnière dans l’histoire des droits des femmes en France, et de la figure tutélaire de Gisèle Halimi, l’avocate qui transforma ce procès en acte politique.

Un devoir de raconter

L’été 1971, Marie-Claire, 16 ans, tombe enceinte. Elle veut avorter. Sa mère Michèle, puis Lucette, Renée et Micheline se mobilisent pour l’aider. L’avortement clandestin tourne mal. Toutes se retrouvent inculpées. Ce qui aurait pu rester un fait divers devient, sous l’impulsion de Gisèle Halimi, un procès politique qui précipitera l’adoption de la loi Veil en 1975.

L’époque décrite paraît terriblement réactionnaire, antique. Les femmes qui avortent sont des criminelles. Leur corps ne leur appartient pas. Le Code pénal les condamne à la prison. Les mots employés – « crime », « inculpées », « avortement clandestin » – sonnent comme venus d’un autre âge. Et pourtant, c’était hier. Lamballais et Testa réussissent à restituer ce passé et son ambiance. Et le passé interroge le présent.

La sororité comme sujet central

Le choix dramaturgique est clair : raconter l’histoire par le chœur des femmes. Pas seulement Gisèle Halimi, figure publique et médiatique, mais Marie-Claire, Michèle, Lucette, Renée, Micheline. Des femmes de tous horizons qui ne sont pas forcément militantes et/ou féministes. Elles sont là pour leurs droits. Une sororité spontanée, naturelle, sans condition signe ce moment des grandes manifestations féministes de l’époque.

La distribution reflète ce choix. Sept interprètes – Jeanne Arènes, Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Céline Toutain, Julien Urrutia se partagent une vingtaine de rôles, s’habillent dans des loges à vue, s’aidant les unes les autres, font et défont les espaces sous les yeux du public. Cette joyeuse circulation matérialise l’idée d’un combat collectif.

Un spectacle nécessaire

Le procès de Bobigny n’est pas une simple date. C’est une bascule où la honte a changé de camp, où les victimes sont devenues des combattantes, où la solidarité féminine s’est affirmée comme une force politique.

Cependants, les reculs observés dans certaines démocraties, les remises en question régulières de l’IVG lors des campagnes électorales rappellent que le combat continue. À l’heure où les droits des femmes sont menacés, où l’IVG reste un sujet de division politique, ce spectacle remplit une fonction essentielle.

Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

Gisèle, Marie-Claire, Michèle… et les autres fait vivre cette mémoire. C’est sa grande vertu.


Le procès d’une vie,Gisèle, Marie-Claire, Michèle… et les autres, de Barbara Lamballais et Karina Testa, mise en scène de Barbara Lamballais. Avec Jeanne Arènes, Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Céline Toutain, Julien Urrutia. Au Splendid, Paris 10e. Du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h. vu le 24 janvier 2026. Photos Copyright : © Simon Gosselin.


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