au Théâtre de l’Île Saint-Louis Paul Rey, Paris. Du 6 au 10 février 2026

Il existe des spectacles qui nous rappellent pourquoi la scène existe : pour transmettre, pour témoigner, pour toucher au plus profond de notre humanité. Le spectacle de Denis Cuniot consacré aux poèmes d’Édith Bruck appartient à cette catégorie rare.

Une rencontre artistique nécessaire

Denis Cuniot est un pianiste et musicien français. Il est considéré comme l’un des principaux initiateurs du renouveau et de la reconnaissance de la musique klezmer en France. Il a développé un style pianistique unique et immédiatement reconnaissable dans l’interprétation de cette musique traditionnelle juive d’Europe centrale et orientale.

C’est à partir de 1983, suite à sa rencontre amicale et musicale avec Nano Peylet (clarinettiste du groupe Bratsch), qu’il découvre le klezmer. Cette révélation a une dimension personnelle profonde : sa mère, Bluma Mélélat, née à Varsovie en 1929, parlait le yiddish mais ne le lui a pas transmis, cherchant à s’intégrer et à mettre à distance ses douleurs d’enfant cachée pendant la guerre.

Sa discographie compte 12 albums dans le domaine des musiques klezmer et yiddish, dont notamment « Confidentiel Klezmer » (2007, piano solo) et « Perpetuel Klezmer » (2012). 1Principaux diplômes et distinctions :2016 : Prix Max Cukierman, décerné à une personnalité qui contribue à la promotion de la langue et de la culture yiddish. 2009 : Prix Francine et Antoine Bernheim pour les Arts de la Fondation Renée et Léonce Bernheim, sous l’égide de la Fondation du Judaïsme Français. 2009 : Coups de coeur musique du monde de l’Académie Charles Cros pour le disque de Yom, New King of Klezmer Clarinet. 2007 : Coups de coeur musique du monde de l’Académie Charles Cros pour le disque solo Confidentiel Klezmer. 1995 : CA de professeur chargé de direction des conservatoires de musique et de danse (ministère de la Culture).

Son objectif artistique est de faire entendre un monde disparu tout en imaginant les développements que la musique Klezmer aurait pu connaître si elle était restée vivante dans ses territoires d’origine.

Pour son spectacle Je voudrais dire encore, Denis Cuniot s’empare des poèmes du recueil « Pourquoi aurais-je survécu ? » d’Édith Bruck, avec une pudeur et une intensité bouleversantes. Face au texte de cette rescapée d’Auschwitz devenue grande poétesse italienne, le musicien ne cherche pas à illustrer, mais à dialoguer. Sa voix sobre récite les mots traduits par René de Ceccatty, tandis que son piano alterne musiques klezmer, mélodies yiddish et improvisations délicates.

La force d’une survivante

Édith Bruck, aujourd’hui âgée de 94 ans et toujours vivante ; déportée à 13 ans avec sa famille en 1944, elle a perdu ses parents dans les camps. Ses poèmes, écrits entre 1975 et 2021, sont à la fois témoignage et vie, deuil et affirmation. Comme elle l’écrivait après le suicide de Primo Levi : « Notre devoir est de vivre et jamais de mourir ! »

Un piano qui parle

Ce qui frappe dans cette proposition artistique, c’est la fluidité du dispositif. Denis Cuniot, tantôt assis au clavier, tantôt debout face au public, laisse les poèmes respirer. Son piano ne cherche jamais à dominer le texte. Il accompagne la nostalgie de l’enfance hongroise, les chansons yiddish de la mère disparue, la force vitale qui traverse toute l’œuvre de Bruck. La force d’une culture populaire que les nazis ont voulu anéantir et qui résiste par la mémoire et par l’art.

Une actualité brûlante

En ces temps de régression pulsionnelle du politique où le signifiant Juif fonctionne comme objet a de la fantasmatique collective, en ces temps où ce signifiant circule comme pur objet de jouissance — happé tour à tour par la haine, la dévoration identificatoire ou la fascination projective —, le travail de Denis Cuniot s’impose comme acte symbolique. Il se dresse contre la forclusion que manifeste cette circulation débridée du signifiant ; il y oppose la transmission d’une parole comme la trace d’un monde assassiné. Il ne s’agit pas d’une commémoration, mais d’un geste politique au sens le plus noble : affirmer que la mémoire est vivante, que les mots des survivants nous parlent aujourd’hui, que notre humanité se mesure à notre capacité à écouter ces voix.

La sobriété du propos, la virtuosité musicale au service du texte, l’émotion authentique qui traverse chaque poème fait du spectacle un acte de résistance et de mémoire vivante.


Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Album disponible chez NOA Music / Baco Distribution. du 04/02/2026 au 10/02/2026 au Théâtre de l’Ile Saint-Louis Paul Rey | Paris.

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    Principaux diplômes et distinctions :2016 : Prix Max Cukierman, décerné à une personnalité qui contribue à la promotion de la langue et de la culture yiddish. 2009 : Prix Francine et Antoine Bernheim pour les Arts de la Fondation Renée et Léonce Bernheim, sous l’égide de la Fondation du Judaïsme Français. 2009 : Coups de coeur musique du monde de l’Académie Charles Cros pour le disque de Yom, New King of Klezmer Clarinet. 2007 : Coups de coeur musique du monde de l’Académie Charles Cros pour le disque solo Confidentiel Klezmer. 1995 : CA de professeur chargé de direction des conservatoires de musique et de danse (ministère de la Culture).

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