du 04 au 28 mars au Théâtre de Belleville – Paris 11ème

À la veille de leur retour à Moscou, Alexeï et Yulia Navalny se retrouvent seuls face à l’irréversible. Lui veut rentrer. Elle veut le retenir. Entre eux, la mort qui attend. Sur la scène intime du Théâtre des Belleville, Sabrina Kouroughli et Gaëtan Vassart portent avec une intensité brute ce huis clos conjugal et politique qui prend aux tripes — et ne lâche pas.

Navalny au théâtre : l’amour contre la mort

Deux personnes assises dans une pièce minimaliste. Un homme en costume sombre regarde une femme en robe noire qui lève sa main, exprimant une émotion.

Il sort de dix-huit jours de coma après un empoisonnement au Novitchok. Il veut rentrer en Russie. Elle veut qu’il reste. Ce face-à-face entre Alexeï Navalny et son épouse Yulia, à Berlin, la veille de leur retour à Moscou, est le point de départ d’un spectacle court, dense et dévastateur.

Le décor se résume à deux bancs, une couverture et une guitare. L’essentiel est ailleurs : dans les corps, dans les voix, dans les mots qui claquent.

Elle crie. Il sourit. Ils s’aiment.

Yulia, incarnée par Sabrina Kouroughli, ouvre le feu. Son jeu est frontal, parfois imparfait, mais habité d’une vérité qui désarme. Le texte est âpre, mitraillé, sans respiration. Elle lui hurle son désespoir, sa colère, son amour. Elle lui offre la vie contre un combat qu’elle sait perdu d’avance.

Face à elle, Gaëtan Vassart compose un Alexeï presque apaisé, parfois mutin — cet homme qui a décidé de jouer sa dernière farce au régime Poutine, quitte à en mourir. Sa voix porte quelque chose d’étrange : la légèreté de celui qui a déjà choisi. Il cherche les mots justes, les trouve, convainc. Elle cède. Et ce moment où elle cède est peut-être le plus douloureux du spectacle.

La danse de Yulia

Quand la mort d’Alexeï est annoncée, le corps de Yulia entre en transe. Sa danse — saccadée, envoûtante, entre grâce et folie — dit ce que les mots ne peuvent plus dire. C’est la séquence la plus forte du spectacle, celle qui reste longtemps après.

Un coup de poing politique

On sort du théâtre avec l’impression d’avoir reçu un coup de poing dans le ventre. Pas tant pour la prouesse théâtrale — bien réelle — que pour ce que le spectacle convoque : la violence d’un régime autoritaire, la solitude de ceux qui résistent, et cette question qui ne lâche pas en sortant de salle — la liberté a-t-elle toujours le goût de la mort ?

Le chant d’Alexeï, la danse de Yulia ouvrent une voie de sublimation. Mais leur destin, lui, est sans issue. Et c’est précisément ce qui rend ce spectacle nécessaire.


De Gaëtan Vassart, mise en scène : Sabrina Kouroughli et Gaëtan Vassart avec Sabrina Kouroughli, Gaëtan Vassart, vu le 5 juillet.

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