Le Terrier — Naître sous X :Anne Leterrier fouille la mémoire d’une naissance

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Au Théâtre de la Reine Blanche , Anne Leterrier joue, écrit et met en scène Le Terrier, un récit autobiographique sur l’adoption et la quête des origines. Seule face au public, elle incarne avec une délicatesse saisissante tous les personnages d’une histoire intime : la mère adoptive, la mère biologique, l’assistante sociale, la demi-sœur — et, entre les lignes, l’enfant qu’elle fut, née sous X. Un spectacle sobre et lumineux, à voir jusqu’au 29 avril 2026.


D’où venons-nous ? La question est ancienne, presque banale à force d’être posée. Pourtant, lorsqu’elle surgit de la bouche d’Anne Leterrier — debout dans l’espace nu du Théâtre de la Reine Blanche, voix posée, corps attentif — elle retrouve toute sa force première. Parce qu’elle n’est pas rhétorique. Parce qu’elle est, pour elle, la question de toute une vie.

Adoptée à trois mois par le couple Leterrier, Anne a grandi dans une famille aimante, sans connaître rien de ce qui avait précédé. Le Terrier est le récit de ce que l’on cherche quand on décide, adulte, de remonter vers ce commencement enfoui : une origine, un prénom, peut-être un visage qui ressemble au sien.

Un passage très doux d’un personnage à l’autre

La performance repose entièrement sur la capacité d’Anne Leterrier à incarner, successivement et sans effet, une galerie de personnages : sa mère adoptive, sa mère biologique — mineure au moment de la naissance —, une assistante sociale, une demi-sœur entrevue plus tard. Le passage de l’une à l’autre se fait avec une économie de moyens remarquable : un souffle, une légère inflexion, un regard déposé ailleurs. Aucun artifice. Toute la mémoire dans le corps.

Le décor, sobre, laisse respirer l’espace. La lumière fait le reste — sculptant les silhouettes, découpant les temps de silence. La scénographie ne cherche pas à illustrer : elle accompagne.

Une correspondance comme dispositif

Au cœur du spectacle, une lettre. Celle que la mère biologique a glissée dans le dossier administratif de sa fille, des années avant que celle-ci ne l’ouvre. Cette lettre ouvre une correspondance — à distance, hésitante, précieuse. Et Anne Leterrier fait alors quelque chose d’inattendu : elle engage le public dans cette lecture. Des spectateurs sont invités à lire ces lettres à voix haute. L’intime devient soudain collectif, sans jamais cesser d’être intime.

La chanson, la musique, le rituel d’un thé à la menthe — autant de fils culturels qui courent d’un bout à l’autre du spectacle, élargissant discrètement la notion même de famille. Les frontières entre filiation biologique et liens adoptifs s’effacent, non par idéologie, mais parce que la vie, racontée de près, résiste aux catégories.

La quête comme forme ouverte

Le Terrier ne résout rien. Il ne prétend pas répondre à la question de la ressemblance, de l’appartenance, de l’identité. Il la pose, la retourne, la laisse vibrer. Ce que cherche Anne Leterrier — vérification du lieu de naissance, traces de celles et ceux qui l’ont bercée pendant ces trois premiers mois de pouponnière, silhouette d’une mère que l’on n’a pas connue — ne se réduit pas à une enquête. C’est une façon d’exercer un droit : celui de savoir d’où l’on vient, pour comprendre ce que l’on est.

La proximité de la comédienne avec le public crée un jeu de résonances intimes. Chaque spectateur, chaque spectatrice peut y entendre, en sourdine, sa propre version de la question initiale. Naître, commencer — et de quel prénom, de quel désir de vivre cela procède-t-il ? Le récit biographique d’Anne Leterrier touche ainsi à quelque chose d’universel, en restant résolument singulier.

Là où le terrier s’est creusé, il y a maintenant de la lumière.


Le Terrier Texte, création musicale, scénographie, création lumières et jeu : Anne LeterrierMise en scène : Anne Leterrier et Diane VaicleRegards artistiques : Mickaël Délis, Michel Bruzat, Sylvain MauriceRégie / Son : Erwan MorisseProduction : Compagnie Sous Nos Secrets. Théâtre de la Reine Blanche — 2 passage de la Ruelle, Paris 18e Mardis et mercredis à 21h — du 7 au 29 avril 2026


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