Au Théâtre Antoine, Francis Huster incarne un thérapeute au bord du gouffre dans une adaptation de la série israélienne culte BeTipul. Une performance d’une densité rare qui accomplit quelque chose de paradoxal et de magnifique : glorifier la psychanalyse en refusant de glorifier le psychanalyste.


Une série, vingt adaptations, et une filiation

Tout commença en 2005, en Israël. BeTipul (en thérapie) pose un dispositif d’une simplicité désarmante : quatre jours par semaine, un psychanalyste reçoit à tour de rôle des patients. En fin de semaine, c’est lui qui s’allonge — métaphoriquement — chez sa controleuse. Le succès est mondial, les adaptations innombrables. Au cœur de la série originale brûle un acteur : le formidable et regretté Assi Dayan, qui fixe pour toujours l’étalon du personnage — un homme qui écoute, qui sait, qui tient, et qui se fissure en secret. Huster ne cherche pas à l’imiter. Il le réinvente à partir de la même matière humaine. Et le résultat est troublant de justesse.


L’art de disparaître dans la vérité

Ce qui frappe c’est la retenue. Huster, que l’on a connu volcanique, choisit ici le dépouillement. Un homme assis qui écoute. Qui pense à voix haute. Qui se tait au bon moment. Sous cette économie de moyens brûle quelque chose d’intense : derrière l’écoute attentive, le vacillement intérieur. Derrière les questions posées aux patients, celles que le thérapeute ne peut pas se poser à lui-même. C’est du grand jeu d’acteur : jouer deux partitions, l’une visible, l’autre enfouie.

La pièce réussit un paradoxe admirable : montrer la psychanalyse dans toute sa puissance tout en débarrassant le thérapeute de l’aura de toute-puissance. Le psy n’est pas un sage. Il est traversé, comme ses patients, par la même houle. Et c’est précisément cela qui rend la psychanalyse crédible et nécessaire.

La mise en scène de Charles Templon fait le choix juste : ne pas encombrer. Yann Gaël, Tess Lauvergne et Raphaëlle Rousseau composent des patients dont les confidences sont autant de combats. Car la thérapie n’est pas un espace de douceur confortable, c’est un lieu où les défenses s’effondrent.

En thérapie au Théâtre Antoine est la preuve que Francis Huster est encore capable de nous surprendre. A ne pas rater.


En thérapie, d’après BeTipul. Mise en scène Charles Templon. Avec Francis Huster, Yann Gaël, Tess Lauvergne, Raphaëlle Rousseau. Théâtre Antoine, jusqu’au 15 mars 2026. Reprise au Théâtre Libre à partir du 1er avril.

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