Paris, communiqué de presse — C’est une révolution silencieuse que personne n’avait vue venir. La ministre de la Culture a annoncé ce matin, 8:35, lors d’une conférence de presse tenue au Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes qu’un décret portant réforme structurelle du financement de la culture serait publié dès le lendemain au Journal officiel.

Le principe est aussi simple qu’inédit : 10 % du budget culturel consacré à l’audiovisuel — soit, selon nos calculs, plusieurs centaines de millions d’euros annuels prélevés sur les dotations de France Télévisions, de Radio France et du CNC — seront désormais fléchés vers le théâtre public dans son ensemble : théâtres nationaux, centres dramatiques nationaux (CDN) et théâtres conventionnés, en Île-de-France comme en région.


Une réfection longtemps attendue

La première enveloppe sera affectée aux travaux de réfection des bâtiments. Car la situation, dans nombre d’établissements, est proprement indigne : toitures fuyantes, cintres vétustes, fosses d’orchestre condamnées, gradins branlants. Plusieurs directeurs, sous couvert d’anonymat, confiaient depuis des années que leurs théâtres ressemblaient davantage à des chantiers qu’à des lieux de création. Ce temps est, paraît-il, révolu.


Deux fois plus de créations, trois fois plus de dates

Mais c’est la deuxième mesure qui a déclenché une standing ovation dans la salle — fait rarissime lors d’une conférence de presse ministérielle. Les dotations de fonctionnement artistique seront augmentées à hauteur de permettre  le triplement des dates d’exploitation de chaque spectacle, en tournée comme à domicile.

Concrètement, un CDN qui produisait jusqu’ici quatre créations par saison, chacune d’elles serait jouée non plus quinze représentations mais quarante-cinq. « Le théâtre cessera enfin d’être cet art de la disparition immédiate », s’est exclamée la ministre, visiblement émue.


L’audiovisuel public : résigné ou soulagé ?

Du côté des chaînes publiques, on a accueilli la nouvelle avec ce qu’il faut bien appeler une sérénité philosophique. Le PDG de France Télévisions aurait murmuré, selon une source proche du dossier : « Après tout, nous aussi venons du plateau. »


La grande frayeur des vedettes : et si on les payait comme des artistes ?

C’est toutefois dans les coulisses du PAF que la panique est la plus palpable. Plusieurs animateurs phares des grandes chaînes — dont les cachets atteignent des sommets que le régime de l’intermittence du spectacle ne saurait même pas orthographier — ont commencé à agiter discrètement leurs avocats.

La rumeur, colportée avec une délectation non dissimulée dans les milieux du théâtre public, est la suivante : dans un second temps, le gouvernement envisagerait d’aligner la rémunération des vedettes de la télévision sur le barème des intermittents du spectacle. Cachet journalier, nombre d’heures déclaré, indemnisation chômage plafonnée : autant de notions qui font blêmir ceux dont le simple déplacement en plateau est aujourd’hui facturé au prix d’un budget annuel de CDN de taille moyenne.

Mais la mesure qui suscite la véritable terreur est ailleurs. Selon les mêmes sources, le ministère étudierait la possibilité d’imposer l’économie de troupe comme modèle de référence aux sociétés de production audiovisuelle. Fini les cachets individuels négociés dans l’opacité, fini les contrats mirobolants au nom à huit chiffres : place au collectif, à la mutualisation, à l’équité salariale entre le premier rôle et le technicien lumière. Ce que les compagnies de théâtre pratiquent par nécessité depuis des décennies deviendrait, enfin, la norme des sociétés de production les plus juteuses du PAF.

Un grand nom de la télévision aurait confié philosophe face à la terreur de perdre son trône,  à son attaché de presse : « Un homme peut pêcher avec un ver qui a mangé d’un roi, et manger du poisson qui s’est nourri de ce ver. » A chacun désormais de manger ce poisson là.




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Une réponse à « Le gouvernement annonce un prélèvement de 10 % du budget culturel audiovisuel au profit du théâtre public »

  1. De Amézaga Anne

    Poisson d’avril

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