Au Théâtre du Soleil jusqu’au 17 mai 2026, Frédérique Voruz signe avec Chimère un conte psychanalytique sur le désir d’enfant et la PMA — drôle, émouvant, porté par une troupe formidable. Un spectacle qui a tout compris : ce ne sont ni les hormones ni les protocoles qui font les enfants. Ce sont les fées.

Frédérique Voruz — comédienne, auteure, metteure en scène, et analysante lacanienne revendiquée — a construit un objet théâtral d’une intelligence rare sur le désir d’enfant, la PMA, la maternité empêchée. Et ce qu’elle a compris dépasse de très loin le récit intime ; elle a compris que ni la médecine, ni les hormones, ni les protocoles, ni les cliniques espagnoles ne font les enfants.
Ce qui fait les enfants, c’est l’imaginaire. Ce sont les fées.
On le sait. Par Lacan. Le désir ne porte jamais sur un objet réel. Il porte sur une image, un fantasme, une construction psychique que le sujet croit voir dans le monde alors qu’il l’a lui-même fabriquée.
Stella, l’héroïne de Chimère, traverse tous les cercles de l’enfer médical, ponctions, transferts, prises de sang, attentes, rechutes. Ce qui finira par la sauver n’est pas un protocole réussi. C’est une fée.
Une fée grinçante, impertinente, pas tout à fait bienveillante, une fée interprétée avec panache par Frédérique Voruz et qui ressemble à s’y méprendre à cette petite voix intérieure qui questionne, qui ironise, qui met le doigt là où ça fait mal pour forcer le sujet à regarder ce qu’il refuse de voir. Le surmoi transformé en fée, en un personnage de conte.
On rit souvent. Et ce rire n’est pas un édulcorant ; il est une arme. Un humour qui libère, qui permet à la salle d’entrer dans des territoires douloureux. C’est rare et c’est précieux . Et signe le geste d’une dramaturge accomplie..
Les comédiens sont remarquables. Rafaela Jirkovsky, Yuriy Zavalnyouk, Salomé Diénis Meulien et Eliot Maurel forment une troupe d’une cohérence et d’une belle générosité scénique.
Au centre de tout, Frédérique Voruz porte le récit avec pudeur et intensité. Elle ne cherche pas l’émotion ; elle l’accueille et nous l’accueillons avec elle.
Chimère rejoint ce que tout analyste sait de ses patients en parcours PMA : que le plus grand obstacle n’est pas biologique. Que les corps résistent moins que les psychés. Que tant que la mère imaginaire n’a pas trouvé une place, sa place — tant que la femme n’a pas symbolisé ce que signifie pour elle porter, accueillir, transmettre — la médecine peut tenter d’accomplir ses miracles en vain.
Seul l’imaginaire fait des enfants. Frédérique Voruz l’a su avant de l’écrire. Et comme femme de théâtre, elle l’a écrit mieux qu’elle ne le savait.
Écriture et mise en scène Frédérique Voruz — Avec Rafaela Jirkovsky, Eliot Maurel, Frédérique Voruz, Yuriy Zavalnyouk, Salomé Diénis Meulien — Composition et interprétation musicale Eliot Maurel — Création lumière Geoffroy Adragna — Création son Thérèse Spirli — Costumes Micha Liebgott — Scénographie Geoffroy Adragna et Frédérique Voruz — Assistant à la mise en scène Alexandre Babey — Théâtre du Soleil, Cartoucherie, 6 > 17 mai 2026


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