Avignon 2026 au Théâtre des Barriques à 18H55
Marion Claisse essaie de faire un spectacle drôle. Dans sa tête, il y a foule : la petite fille qu’elle a été, l’ado cabossée, la conscience qui veille au grain. Mis en scène par Adèle Gotkovsky, ce seule en scène électrique tord le stand-up jusqu’à toucher l’intime, le corps et la joie..
Pompon, c’est le surnom que lui donnait son grand-père, à cause de ces pompons qu’elle voulait tant attraper sur les manèges. Décrocher le pompon, c’est gagner. Mais gagner quoi ? Toute la pièce tient dans cette question d’enfance restée en souffrance, comme une lettre qui finit par arriver à destination.
Expression(s) et explosion du corps parfois encombrant
Elle parle d’elle, seule sur scène, et vibre aux souvenirs devenus parfois drôles, quelques années plus tard, et souvent à ses dépens. Venue du stand-up, Marion Claisse articule humour et réflexion sur sa façon d’être femme. Ces questions lancinantes de femmes et d’hommes au plus près des normes sont là, constituées le plus souvent d’expressions toutes faites qui ne leurrent personne. Déconstruire, reconstruire, composer avec les réalités : ce ne sont pas les moyens qui manquent. Le rire, qui devait plaire, se retourne ; il devient porte d’entrée vers autre chose — l’intime, le politique, le corps en mouvement.
Mise en scène
Les murs un peu décatis, au premier regard, se laissent admirer : traces du passé et dessins d’enfants. Sobre et astucieux, le matériel de scène se montre : portant pour vêtement de soirée, boules légères pour recouvrir la tête, un masque, et ce banc, peut-être un coffre, sur lequel sauter, s’allonger ou bien encore déprimer — il figure la fusion entre scène et vie authentique. Adèle Gotkovsky revendique un axe moteur du « trop », manifeste contre la modération imposée ; derrière l’excès et l’énergie qui déborde, l’enjeu est la vulnérabilité. La musique de Dany Blin accompagne le trajet, de l’enfance à l’âge adulte, de la honte à la fierté, magistrale et timide à la fois.
Être normal, ou du moins bien dans son époque
Marion Claisse manie avec grâce et rapidité la langue, nous rejoint avec des questions sur la ligne (poids et courbes), les conquêtes, l’avenir. Les rencontres sont intérieures, profondes et dérangeantes. Car le personnage se rend compte que la vie des magazines est autre que celle de la douleur des « règles », du corps qui résiste et du désir qui n’en fait qu’à sa tête. Se jouer des apparences et des attendus : un vrai défi, et une profonde mise en abyme de la représentation — qu’est-ce qui se joue, au juste, quand on se donne en spectacle ? Scène et réalité échangent leurs masques.
Émancipation, acceptation
Le déroulé d’une vie de jeune fille n’est point tranquille ; la vie intérieure se manifeste. Le « Moi » est multiplié : excellente comédienne, Marion Claisse joue par un monologue intérieur les conflits, la censure, le tourment ou du moins le doute. On reconnaît au passage les instances freudiennes en pleine querelle de plateau — l’enfant qui exige, la conscience qui interdit, le sujet qui cherche sa voix entre les deux. Et le Pompon, ou doudou, aide à vivre : interlocuteur privilégié, unique et si compréhensif. Winnicott aurait souri devant cet objet transitionnel promu partenaire de jeu — cet objet trouvé-créé qui permet de traverser la perte sans s’y perdre, et d’attraper, peut-être, un bout de joie.
Excellent spectacle, joyeux et réflexif. On en sort avec l’envie de remonter sur le manège.
Texte et jeu : Marion Claisse — Mise en scène : Adèle Gotkovsky, assistée d’Hermine de la Perotiere — Musique et son : Dany Blin — Scénographie : Zoé Logié de Mersan — Lumières : Guillaume Niemetzky — Production : compagnie Colette, Thérèse etc., en co-réalisation avec le Théâtre des Barriques — Durée : 60 minutes — À partir de 15 ans
Théâtre des Barriques — 8 rue Ledru-Rollin, 84000 Avignon — Festival Off Avignon 2026, à 18h55, relâche les mercredis — Réservation : 04 13 66 36 52 Puis à Paris : La Manufacture des Abbesses, 30 dates du 23 août au 28 octobre 2026



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