La Dame de chez Maxim : les ciseaux magiques de Philippe Person

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Au Lucernaire, Philippe Person et Florence Le Corre offrent au Collectif Paradis, jeune troupe issue de l’école du théâtre, une Dame de chez Maxim resserrée, transposée dans les années 50, enfiévrée comme il se doit. L’effet de troupe est éclatant, le rire jaillit sans répit, et Aurore Mayran de Chamisso compose une Madame Petypon d’anthologie. Une fête.

Les ciseaux magiques

Après Le Dindon, en 2022, Philippe Person adaptait une autre pièce de Feydeau, Un fil à la patte. Une fois encore, c’était un bonheur. On connaît sa passion contagieuse pour les adaptations de classiques et de pièces du patrimoine. On connaît aussi sa créativité débordante au service de gags singuliers. Et sa gourmandise pour le sacrilège, cependant calibré. Il n’a pas son pareil pour insuffler une nouvelle fraîcheur et un humour reconnu.

Philippe Person, en partenariat avec Florence Le Corre pour la mise en scène, reprend ses ciseaux magiques. Cette fois, avec La Dame de chez Maxim, il ne se contente pas d’adapter : il répare, il ajoute, il améliore. La longue pièce de Feydeau devient un très bon Feydeau et un excellent Person. Onze personnages, une heure trente-cinq, une focale serrée sur la Môme Crevette et sur la mécanique du mensonge : la pièce retrouve ses quiproquos et avec eux son insolence et sa joyeuse cruauté.

L’argument tient en une nuit. Le docteur Petypon a fait la fête chez Maxim ; à midi, son ami Mongicourt le retrouve endormi, et de la chambre sort la Môme Crevette, danseuse du Moulin-Rouge. Surgit l’oncle général, qui prend la Môme pour l’épouse du docteur et embarque tout le monde vers un mariage en Touraine.

L’effet de troupe

La grande affaire de ce spectacle, c’est la troupe. Ces comédiennes et comédiens sortis de l’école d’art dramatique du Lucernaire qui jouent avec l’enthousisame de celles et ceux qui entrent dans le métier : avec appétit, avec rigueur, avec cette gratitude des débuts qui irradie le plateau. Rien ne pèse, tout circule : les portes, les corps, les mensonges. Ce Collectif Paradis porte bien son nom ; il faut féliciter chacun, car le rire naît ici du collectif autant que des numéros.

Equipe formidable, citons les : Julia Dailles (la Môme Crevette), Julien Belotti-Kolly (M. Petypon), Aurore Mayran de Chamisso (Mme Petypon), Louison Vrignaud (Mongicourt et le Duc), Jean-Gérald Dupau (le Général), Murielle Gandais (Étienne, Mme Vidauban, la Duchesse), Tessa Ribault (Mme Claux), Erine Lucas (Mme Hautignol), Ariane Fabius (Mme Ponant) et Dorian Bourgoin-Jal (le Balayeur, Corignon, le Pompier…). Au sein de cette ruche, Aurore Mayran de Chamisso impose sa Madame Petypon. L’épouse naïve, chez Feydeau, est un rôle piège : trop de candeur, elle ennuie ; trop de malice, elle triche. La comédienne trouve le point exact. Sa Gabrielle croit ce qu’elle veut croire, on guette chacune de ses entrées ; elle ne vole pas la vedette ; elle élève la troupe.

On sort du Lucernaire avec une triple conviction : que « Paris est une fête », que le tandem Philippe Person–Florence Le Corre est un cadeau, et que Feydeau est les deux à la fois. Courez-y.


La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, adaptation Philippe Person, mise en scène Florence Le Corre et Philippe Person, avec le Collectif Paradis. Théâtre du Lucernaire, du 27 mai au 30 août 2026, à 20h30 du mercredi au samedi, à 17h le dimanche. Durée : 1h35.


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