L’odyssée du réel
Il y a des films qui nous mettent mal à l’aise, doucement, sans accuser. Ulysse est de ceux-là. On sort de la salle et on cherche le Café Joyeux le plus proche. Lætitia Masson filme son propre fils. Alphonse Roberts joue Ulysse — c’est-à-dire lui-même, c’est-à-dire un personnage. Cette pliure entre le documentaire et la fiction est ai cœur du film. Ce que la caméra capte n’est pas reconstitué. C’est arraché au réel, puis monté en odyssée. L’enfant qui ne rentre pas dans les courbes devient le héros d’un récit qui déborde tous les genres — comédie, drame, road movie, pamphlet politique. Masson obtient du vrai qui ressemble à du mythe.
La révolte comme boussole
Ce qui fait tenir le film n’est pas l’émotion, pourtant abondante. C’est la révolte. Celle d’Alice — Élodie Bouchez, habitée, lumineuse — contre le verdict que les institutions voudraient graver dans le marbre du diagnostic. Syndrome génétique : point final. La mère refuse le point final. Elle bataille contre les dossiers, les commissions, les cases qu’Ulysse ne coche pas, les regards qui calculent la rentabilité d’un enfant. Ces couloirs d’attente, ces formulaires, ces professionnels bienveillants et impuissants, nous les avons tous croisés. Nous avons croisés aussi Ulysse et sa mère.
Le père, magnifiquement joué par Stanislas Merhar — mélancolique, prompt à baisser les bras — traverse lui aussi son propre dépassement, plus intérieur, plus lent. Père et fils cheminent chacun contre leur destin assigné, et ce sont ces deux révoltes parallèles, distinctes dans leur rythme, qui finissent par se rejoindre.
Las Vegas ou l’Amérique du possible
Que le film s’achève à Las Vegas n’est pas un hasard — c’est presque une thèse. Le pays qui a inventé la promesse indéfinie du destin trahi, la ville où le destin se rejoue à chaque jet de dés, c’est là que père et fils se retrouvent, réconciliés. L’Amérique, terre du self-made man, fait rêver celui que la France avait tenté de mettre à l’écart. Ulysse retrouve Ithaque , au Nevada.
Avec Élodie Bouchez, Stanislas Merhar, Alphonse Roberts, Romane Bohringer, Gringe. France, 2026, 1h37. En salle depuis le 17 juin 2026.



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