En 2017, Gilles Ostrowsky perd l’équilibre. Le diagnostic tombe : neurologique. Le voyage commence — et avec lui, une pièce.
quand le rire naît du tragique
Voyage en Ataxie est un objet théâtral inclassable : autobiographique et onirique, hilarant et bouleversant, ancré dans le réel d’une maladie et débordant vers le fabuleux. À la recherche de son diagnostic, Ostrowsky croise la maladie en personne, un médecin généraliste démuni et furieux, une neurologue mystérieuse, un loup-garou, un magnétiseur fan de Johnny Hallyday. L’imaginaire devient porte de sortie. La fable naît de l’expérience en train de se vivre.
Gilles Ostrowsky est de ces grands clowns chez qui la profondeur se dissimule sous la bouffonnerie — jusqu’à ce qu’elle surgisse, imparable. On se souvient des Fureurs d’Ostrowsky (Avignon 2015), seul en scène co-écrit avec Jean-Michel Rabeux où il s’emparait des Atrides avec une intelligence jubilatoire. Ici, il retourne la même intelligence vers lui-même, vers son corps qui vacille, vers ce que la maladie ouvre comme réflexion sur la vie, sur l’autre, sur la solitude, sur le théâtre. Pas de pathos, pas de coquetterie mélancolique : Ostrowsky raconte ce que la maladie lui a appris, et n’oublie pas de nous faire rire.
Grégoire Oestermann campe onze personnages truculents avec une constance de talent qui stupéfie. Thomas Blanchard danse sur la pliure d’un personnage qui est ou n’est pas Gilles Ostrowsky. La scénographie, d’une sobriété absolue, empoigne le spectateur sans lui laisser de respiration — sauf les rires.
C’est Leon Ostrowsky qui incarne désormais le rôle de son père. Gilles Ostrowsky nous a quittés cette année. La pièce continue. Elle est devenue, sans le vouloir, un hommage. Elle l’était peut-être déjà.
On ne ressort pas indemne.
Texte Gilles Ostrowsky · Mise en scène Gilles Ostrowsky & Sophie Cusset · Avec Thomas Blanchard, Grégoire Oestermann, Leon Ostrowsky. Avignon 11 à 17h10 • Salle 2 – 1h05. Du 4 au 23 juillet – Relâches 10 & 17 juillet


