Avignon 2026 : « L’école des femmes » par Frédérique Lazarini, chapeau l’artiste !

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Du 4 au 25 juillet à 10h15 (1h30), relâches les 6, 13 et 20 juillet — Théâtre du Chêne Noir, Salle Léo Ferré.

Il y a des soirées théâtre où l’on entre en salle avec le poids discret de ses souvenirs scolaires — la misogynie d’Arnolphe disséquée en classe de première, la « fin à la Molière » expliquée au tableau, le patriarcat du Grand Siècle rangé dans la case « patrimoine à respecter de loin ».

Et puis le rideau s’ouvre, et tout ça s’effondre d’un coup. Nous pensions assister à une pièce « du patrimoine ». Nous vivons infiniment mieux que cela : une révélation.

Frédérique Lazarini ne modernise pas L’École des femmes. Elle ne l’adapte pas. Elle fait beaucoup mieux, et c’est précisément là que son intelligence éclate au grand jour : elle nous offre de regarder l’aventure d’Agnès avec les yeux d’aujourd’hui, sans toucher à un seul alexandrin, sans trahir ni l’esprit ni la lettre. Le texte de Molière, débarrassé de ses costumes d’époque, retrouve une force que l’on n’attendait plus, brute, presque neuve. Le Barbon est le même. Et pourtant il est amoureux comme les hommes d’aujourd’hui qui s’autorisent — ou s’obligent — à le dire. Agnès est la même mais s’émancipe sous nos yeux avec la détermination tranquille et implacable des femmes du XXIe siècle. On assiste à une métamorphose en direct, et c’est proprement vertigineux.

Et puis il y a les caméras. Arnolphe surveille Agnès par un dispositif de vidéosurveillance, mur d’écrans de contrôle à l’appui. Nous sommes au XXIe siècle, et le propos n’en devient que plus percutant, plus brûlant d’actualité. Ce n’est pas un effet de style plaqué sur du classique : c’est une métaphore fulgurante, qui rappelle que la surveillance fabrique le pouvoir et la possession. Un motif dramatique d’une redoutable efficacité, qui renvoie chaque spectateur à sa propre complicité, à son propre présent. On est voyeur. On le sait. On ne peut pas faire autrement. Et c’est un vertige supplémentaire que nous offre cette mise en scène.

La troupe est éblouissante, à la hauteur de l’exigence et de l’audace folle de la metteuse en scène. Cédric Colas compose un Arnolphe d’une complexité troublante et magnifique — ni vieux barbon à railler sans remords, ni monstre commode, mais un homme profondément humain dans son aliénation, et c’est bouleversant. Guillaume Veyre, Alain Cerrer, Hugo Givort, Emmanuelle Galabru — chacun habite son rôle avec cette vérité et cet humour irrésistible qui sont la signature des grands comédiens de troupe. Et puis il y a Sara Montpetit. La comédienne québécoise signe une Agnès absolument inoubliable : ingénue qui ne l’est déjà plus tout à fait, dont on voit — presque au ralenti, dans un suspense addictif — le vernis de l’innocence se craqueler scène après scène. Chaque confrontation entre Monsieur de la Souche et Agnès est un pur bijou dramatique, drôle, tendu, douloureux, tout à la fois. Un enchantement de bout en bout. Un immense bonheur de théâtre.

Chapeau, mille fois chapeau, Madame Lazarini.


Adaptation, dramaturgie et mise en scène Frédérique Lazarini assistée de Lydia Nicaud, scénographie et lumière François Cabanat assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat, costumes Dominique Bourde et Isabelle Pasquier, musique et son François Peyrony, vidéo Hugo Givort, avec Cédric Colas (Arnolphe, dit « Monsieur de la Souche »), Sara Montpetit (Agnès, amoureuse d’Horace, nièce de Chrysalde), Hugo Givort (Horace, amoureux d’Agnès, fils d’Oronte), Guillaume Veyre (Chrysalde, ami d’Arnolphe et oncle d’Agnès), Emmanuelle Galabru (Georgette, paysanne, servante d’Arnolphe), Alain Cerrer (Alain, paysan, valet d’Arnolphe / Oronte, père d’Horace et ami d’Arnolphe), et la voix de Michel Ouimet (Préceptes du Mariage) — durée du spectacle 1h35 — vu le 26 mars 2026.


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David Rofé-Sarfati est psychanalyste (Association Lacanienne Internationale, Espace Analytique) et fondateur de L’Autre Scène. Dans sa clinique, il reçoit à Paris 17e et développe une réflexion originale sur la psychanalyse du comédien et s’est spécialisé dans les enjeux psychiques de la PMA.

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