Le Poids de l’Eau : nager dans le même couloir, jusqu’à ne plus pouvoir
Deux hommes, deux âges, un vestiaire de piscine où les corps ne peuvent plus mentir tout à fait. Alexandre Testagrossa et Joseph Gabison portent, à deux voix, une pièce sur l’amitié, le désir et la nécessité, parfois, d’inventer sa propre ligne de vie.
Comment se rencontrer ?
Ils, ces deux hommes, partagent le bassin d’une piscine, chacun au plus près de leur intimité, se racontent des histoires.
Quelle est cette marque du passé qui ne se dit pas ?
Affleure à coup de mots le parcours de l’un qui a fait de la natation son accomplissement et de Julien, jeune nageur, déjà bien expérimenté. L’amitié se dresse comme une défiance pour se reconnaître à travers l’épreuve du « puits » qu’ils ont expérimenté. Chercher une passerelle pour se soutenir et ainsi exister ensemble ?
La grâce de la sensualité opère quand l’un et l’autre cherchent un projet à construire ensemble… et pourquoi pas du théâtre.
Essayer, se reprendre et répéter des scènes qui viennent sans doute de très loin… une période d’école, un temps où la natation était la seule occupation.
Différents et si proches dans leur façon d’être — joyeux pour l’un, plus triste pour l’autre. Ce travail d’approche des personnages, ultra-sensible, dépasse la banalité du connu.
les vestiaires
Dans les vestiaires d’une piscine, deux inconnus se croisent pour la première fois. Le décor est banal, mais la rencontre, unique. Un élan inexplicable fait tomber les défenses et laisse place à des confidences brutes, des fragments de vies marquées par la douleur et la solitude. Entre l’odeur de chlore et la vapeur d’eau, naît une amitié improbable, presque urgente.
À travers des discussions intenses et des confrontations plus intimes, Franck et Julien tentent de mettre des mots sur ce qui les traverse. Le sport puis le théâtre deviennent peu à peu un terrain métaphorique où se rejouent la peur de décevoir, l’attrait du danger, le vertige du changement et le poids du choix et du renoncement.
Entre réalité et zones suspendues où les pensées non dites prennent corps, Le Poids de l’Eau explore ce moment fragile où l’on sent qu’une autre voie est possible, sans savoir encore si l’on aura le courage de l’emprunter.
Ce que dit l’auteur
« J’ai écrit Le Poids de l’Eau pour explorer la manière dont certaines rencontres, même fortuites, peuvent bouleverser nos vies et révéler des parts de nous-mêmes que nous ne connaissons pas ou que nous avions oubliées », confie Alexandre Testagrossa. Le texte naît de son rapport au choix, à la performance, et à cette injonction contemporaine à « réussir sa vie » en suivant une ligne claire, continue, sans écart.
À travers Franck, l’auteur explore ce que produit une vie construite autour d’un seul objectif, poursuivi jusqu’à l’épuisement, comme une manière de tenir face à ce qui a été perdu ou brisé plus tôt. À travers Julien, il questionne le fantasme inverse : celui de la fausse liberté, du refus de s’engager, qui peut aussi devenir une forme d’enfermement, et qui dissimule une peur ancienne de l’attache et de l’instabilité. Aucun des deux personnages n’est un modèle — ils sont les deux pôles d’une même tension.
Les moments suspendus, nommés « inavoués » dans la pièce, rendent visible ce décalage entre ce que l’on pense, ce que l’on ressent et ce que l’on parvient à dire — une tentative, dit l’auteur, de « quitter la ligne droite, accepter le risque, envisager le vertige, et regarder ce qui se passe lorsque l’on cesse, enfin, de nager dans le même couloir ».
Une mise en scène à l’endroit où le corps précède la parole
Joseph Gabison et Alexandre Testagrossa co-signent la mise en scène. Le vestiaire de piscine puis la scène de théâtre n’y sont jamais traités comme des lieux réalistes, mais comme des espaces de passage où les personnages se confrontent à ce qui, en eux, résiste encore. Le décor, volontairement épuré — un banc, deux casiers, une chaise, quelques accessoires —, et la lumière accompagnent ces déplacements sans jamais les illustrer frontalement. Les « inavoués » se manifestent par des nuances lumineuses subtiles, la lumière devenant un véritable partenaire de jeu, quand le travail sonore, lui, reste discret, laissant toute sa place aux respirations et aux silences.
Les deux artistes se sont par ailleurs entourés ponctuellement de deux metteurs en scène invités, dont l’intervention en « troisième œil » permet d’interroger la justesse du jeu et l’équilibre général de la mise en scène.
Auteur : Alexandre Testagrossa. Distribution et mise en scène : Joseph Gabison et Alexandre Testagrossa. Durée : 1h10. Scénographie : très minimaliste — un banc, deux casiers, une chaise et quelques petits accessoires. Public : adulte, sensible aux questions de désir, de choix et de rapports humains. Compagnie : Les ScénArtistes. Informations pratiques — Avignon 2026 : 📍 Théâtre La Carreterie 📅 Du 4 au 25 juillet 2026 🕝 14h55. Tournée 2026 : Bordeaux 3, 4, 5 avril — Studio Théâtre 71 ; Paris 16, 17, 18 avril — Théâtre Darius Milhaud ; Paris 8 au 24 mai (vend./sam./dim.) — Théâtre Guichet Montparnasse ; Marseille 28, 29, 30 mai — La Divine Comédie ; Lisbonne 19, 20 juin — Teatro Bocage.



Laisser un commentaire