À 87 ans, Marceline Loridan-Ivens choisit de parler d’amour, vraiment — de dire ce qui, en elle, a survécu à Auschwitz sans jamais cesser de désirer vivre. Sur la scène de Présence Pasteur, Mireille Roussel lui prête son corps entier, contre une scénographie qui, par instants, semble en faire trop.
Il y a un lustre, une boule à facettes, des guirlandes, une table de charpentier, des rails, des cendres qui recouvrent le plateau — Angéline Croissant a voulu que chaque objet contienne plus que lui-même, densifie l’espace de sa propre histoire. On comprend l’intention : faire coexister, dans une même matière, l’appartement de Marceline et le camp d’Auschwitz, la loge de l’actrice et la cuisine de la survivante. Mais la générosité même de ce dispositif — cendres, lumière, fumée, reflets — installe par moments un écran entre le public et ce qui, sur ce plateau, mérite d’être entendu presque nu : une parole.
Car c’est là que le spectacle trouve sa vraie force, et elle est immense : Mireille Roussel. Sa présence est d’une justesse rare : jamais de pathos appuyé, jamais de sanglot facile, mais une oscillation continue, comme une flamme, entre le désir de vivre … et celui d’en finir.
Le dispositif, pensé comme un « théâtre du peu » qui ne renonce pas au spectaculaire, frôle par moments l’excès inverse : trop de signes, là où le silence et le corps suffiraient.
Cela ne retire rien à la réussite d’ensemble. La musique d’Olivier Mellano, la guitare électrique qui témoigne de l’invisible, l’entrelacement du passé et du présent imaginé par Laure Werckmann qui signe l’adaptation: tout cela sert un récit rare, celui d’une femme qui n’est jamais morte d’aimer, comme tant d’autres héroïnes, mais qui a fait de l’amour son arme contre l’anéantissement.
On sort de la Salle Pasteur bouleversé par une actrice qui a su faire entendre la voix intacte de Marceline Loridan-Ivens. Et on repense à Marceline.
Distribution : d’après Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon, adaptation et mise en scène Laure Werckmann, avec Mireille Roussel, lumière Philippe Berthomé, scénographie Angéline Croissant, musique Olivier Mellano, costumes Benjamin Moreau et Cécile Kretschmar — Compagnie Les Héroïnes de la métamorphose | Infos pratiques : du 4 au 25 juillet (relâche les 9, 16, 23), 18h20, 1h20, Présence Pasteur – Salle Pasteur, 20€ plein / 14€ abonné·e — Réserver



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