Un Espoir : l’adoption comme brasier intime porté par Sandrine Seubille et Jenny Tréhoux

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Votre passé vous appartient-il… ou est-ce vous qui appartenez à votre passé ? Une pièce sur notre relation la plus sacrée — celle que nous avons avec notre mère.

Un Espoir ne raconte pas une adoption : elle en dissèque le triangle. La mère biologique, la mère adoptive, et l’enfant tiraillé entre les deux — non pas comme un objet qu’on se dispute, mais comme un sujet qui doit, seul, faire sens de sa propre origine dédoublée. Diana Iliescu met en scène ce trio avec une économie de moyens qui laisse toute la place au texte et aux corps : rien ne vient distraire du seul véritable enjeu de la pièce, celui de savoir à qui, et à quoi, on appartient quand on vient de deux ventres et de deux histoires.

Le sujet est incandescent, et rarement traité de ce point de vue précis. De la Seconde Guerre mondiale à la révolution sexuelle, la société a longtemps imposé l’adoption aux enfants nés hors mariage, au nom d’un bien de l’enfant  que la pièce prend soin de ne jamais tenir pour acquis. Là où le cinéma et le documentaire ont surtout raconté l’adoption intercontinentale — de Lion, l’un des rares films grand public à aborder cette pratique aujourd’hui en net recul, au documentaire d’Amandine Gay Une histoire à soi (2021), qui donne la parole à des adultes adoptés à l’international sur leur quête d’origine — Un Espoir choisit le point de vue de l’enfant lui-même, au moment de sa sortie de la puberté, pris dans la psyché plutôt que dans la géographie.

La géographie car elle est un trou dans le symbolique de tout enfant adopté, de toute mère adoptante, apparait toutefois sous forme de la figure de la harpie. Le voyage reste mystérieux, choquant parfois, cruel souvent, et d’une tendresse inattendue.

Dans sa note d’intention, l’autrice y explique sa démarche : la pièce explore l’adoption à travers trois figures féminines en refusant délibérément le scénario lisse habituellement associé à ces récits (retrouvailles heureuses, gratitude univoque, parents parfaits). Elle pose plutôt la question de la mère « imparfaite » : il n’existe pas de mère parfaite, seulement des femmes qui ont des enfants, et les relations les plus riches sont souvent les plus exigeantes.

Sandrine Seubille, dans le rôle de la mère adoptive, est de ces comédiennes qui n’ont besoin d’aucun effet : sa retenue est un jeu, sa fragilité une arme, sa beauté une humanité et le combat que son personnage mène pour sa fille — contre le doute, contre le passé, contre elle-même — se lit dans chaque silence qu’elle s’autorise. Face à elle, Jenny Tréhoux donne corps à l’enjeu psychique de la traversée : elle ne cherche pas tant une mère biologique qu’un endroit où déposer, enfin, ce qui n’avait jamais eu de nom. Entre les deux, Christine Gagnepain referme le triangle et rappelle que nulle des trois femmes n’est innocente ni coupable — seulement prise, comme les deux autres, dans une histoire qui les dépasse.

Le texte est né d’entretiens menés auprès de mères biologiques, de mères adoptives et d’enfants adoptés. L’autrice elle-même adoptée, puis devenue mère adoptive à son tour livre sa conclusion : chacun fait de son mieux, et le courage consiste à ne pas craindre de déconstruire le puzzle de sa propre histoire pour ensuite trouver assez d’amour pour le reconstituer. On repère le résultat d’une psychanalyse bien menée!

Le final est un moment de grâce absolu. Sans un mot de trop, la pièce rejoint ce point où loin de Salomon et de son jugement, trois femmes savent ce qu’il leur faut faire.


Informations pratiques et distribution — Durée : 1h10 · Tout public dès 13 ans · Texte : Wendy Beckett, traduction française de Dominique Hollier · Mise en scène : Diana Iliescu · Avec : Christine Gagnepain, Sandrine Seubille, Jenny Tréhoux · Lieu : Scène Libre – Le Théâtre Libre, 4 bd de Strasbourg, 75010 Paris · Réservations : 01 42 38 97 14 — http://www.unespoir.com. vu ele 3 septembre. Visuel Affiche.


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