« Ultra-Girl contre Schopenhauer » revient au théâtre Lucas-Paumier : un battle réjouissant à ne pas rater

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Découverte en juillet 2020 au Paris Off Festival, la comédie pop et philosophique de Cédric Roulliat revient pour une vraie saison au Théâtre des Gémeaux Parisiens. Une super-héroïne en cuissardes rouges, un philosophe misogyne et une traductrice qui hésite entre fantasme et réalité : le battle est toujours aussi réjouissant. Il ne faut pas le rater.

Une super-héroïne dans le salon

Paris, 1983. Edwige traduit en français les aventures d’Ultra-Girl, héroïne de comics intrépide et sensuelle. Un jour, la créature de papier, combinaison moulante et cuissardes rouges, surgit dans son salon. Elle ne vient pas sauver le monde ; elle vient parler d’Edwige. Commence alors une journée qui tient du rêve éveillé : souvenirs d’enfance et d’adolescence, amours manquées, playbacks de films et de séries, chansons et danses. Le quotidien insiste pourtant. Un réparateur de machine à laver sonne à la porte, un ancien amant refait surface, et Arthur Schopenhauer en personne s’invite pour professer son mépris des femmes.

Le fantasme contre le philosophe

Le titre annonce un combat ; c’est en réalité une traversée. Ultra-Girl est l’image idéale qu’Edwige s’est forgée enfant, ce moi tout-puissant que l’on emprunte aux héroïnes pour tenir debout. Schopenhauer en est l’envers : la voix qui rabaisse, le discours qui assigne la femme à sa place. Entre l’idéal et l’injure, Edwige doit trouver la sienne.

Cédric Roulliat a l’intelligence de ne jamais trancher par la thèse. Le fantasme n’est pas moqué ; il est montré pour ce qu’il est, un écran qui protège du réel autant qu’il en tient éloigné. Ce que la psychanalyse nomme la traversée du fantasme se joue ici en une heure dix, en paillettes et en playback. La journée sera décisive parce qu’il faudra choisir, non pas entre le rêve et la vie, mais entre un désir emprunté et un désir à soi.

Un trio irrésistible

Photographe avant d’être auteur, Cédric Roulliat compose chaque tableau comme une image : décor vintage d’une précision maniaque, costumes, lumières et musique pensés d’un même geste. L’écriture scénique emprunte au cinéma, flash-back, arrêt sur image, montage cut, et le rythme ne faiblit jamais. Laure Giappiconi et Sahra Daugreilh se renvoient la balle avec une complicité qui fait tout le sel du duel. On avait retrouvé Sahra Daugreilh bouleversante en Amanda dans La Ménagerie de verre mise en scène par Elie Rofé ; elle confirme ici l’étendue de son registre. David Bescond incarne à lui seul toute la gent masculine, du réparateur à l’amant revenu jusqu’au philosophe de Francfort, avec une précision comique impeccable.

Une reprise à ne pas rater

Six ans après sa création, saluée à l’époque par Télérama, Les Échos et Armelle Héliot, la pièce trouve enfin une longue série parisienne. Elle a mûri sans rien perdre de sa fraîcheur. On en sort léger et pensif, convaincu que le courage d’Ultra-Girl n’a pas de genre et qu’il y a en chacun de nous une super-héroïne qui attend son heure. Courez-y.


 

Ultra-Girl contre Schopenhauer, texte et mise en scène Cédric Roulliat ; avec David Bescond, Sahra Daugreilh, Laure Giappiconi ; Compagnie Obstinox. Théâtre Lucas-Paumier (ex Gémeaux Parisiens), 15 rue du Retrait, Paris 20e.Du 19 septembre au 26 décembre 2026, les vendredis et samedis à 19h15 et 21h. Durée : 1h10. À partir de 12 ans.
Réservations : BilletRéduc, à partir de 24 €. Visuel : affiche du spectacle


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David Rofé-Sarfati est psychanalyste (Association Lacanienne Internationale, Espace Analytique) et fondateur de L’Autre Scène. Dans sa clinique, il reçoit à Paris 17e et développe une réflexion originale sur la psychanalyse du comédien et s’est spécialisé dans les enjeux psychiques de la PMA.

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