Sous les dehors d’une comédie loufoque sur la séparation d’un couple, Louise Dupuis signe au Théâtre Lepic une satire qui pousse jusqu’au paroxysme l’effacement du masculin, du viril et du paternel. Une dystopie qui n’exagère qu’à peine notre époque.
Se joue en ce moment une pièce inattendue, tant dans sa forme que dans son propos.
Entre théâtre de « l’intime » et satire sociale, il n’y a qu’un pas, qui est ici largement franchi.
On pourrait d’abord croire à une énième représentation de la mort tragi-comique d’un couple qui n’en finit pas de se séparer.
Mais peu à peu, la scénographie s’étoffe, devient loufoque : un ours, des règles, le sordide, la maladresse, la grossièreté, la colère, la maîtresse homosexuelle, l’humiliation et le rabaissement du désir de l’homme.
Le propos s’éloigne de son origine et se déplace vers une fausse critique paroxystique du masculin, qui permettrait d’ériger un monde nouveau abolissant le masculin, le viril et le paternel. Il ne suffirait plus de le déconstruire, mais bien de l’effacer, puis de l’annuler totalement.
Tout commence par la difficulté d’un homme à trouver sa place dans la séduction et dans le couple, jusqu’à sa castration réelle. Or, ne nous laissons pas bercer par l’illusion d’une pièce woke, revendicatrice et politique : tout est satirique dans le propos.
Pour parfaire la dérive, un troisième acteur s’ajoute au couple : le faux ami. Il incarne Jean-Luc Mélanchon, homme politique à la tête du parti d’extrême gauche français. On le voit apparaître d’abord sous les traits d’un marcheur à l’allure martiale, vêtu d’un accoutrement qui ressemble fort à la tenue traditionnelle bavaroise. Puis s’ajoute un tee-shirt bleu marine de l’équipe de France de football. Ainsi volontairement réduit socialement, il devient l’idole de l’homme banal, blanc et cisgenre. Jean-Luc Mélanchon finit en beauf alcoolique, qui trébuche, s’affaisse, souille le drapeau français de son breuvage amer et l’emporte avec lui.
Chronologiquement, nous assistons d’abord à une hétérosexualité intranquille. Dans le couple, l’homme est un fils qui a échoué à tuer symboliquement le père. Il utilise l’appareil photo paternel, vestige du phallus du père qu’il a fait sien ; ce symbole viril qui capte et enferme l’image de la femme. Sa compagne achève symboliquement le meurtre du père en ramenant ce dernier à un beauf inculte et vulgaire. Le conjoint ne se défend que peu.
Puis une maîtresse apparaît et ravit la compagne. L’homosexualité s’accompagne là d’un rabaissement du désir sexuel de l’homme, considéré comme infantile. D’ailleurs, tous les hommes ne sont que des petits garçons aux yeux de la compagne. L’homosexualité dépeinte est idéalisée, fantasmatique. La compagne se transforme en sirène sans sexe.
De cette union homosexuelle naîtra une enfant sans père, guerrière, qui annule la différence des sexes dans son langage et promet au grand-père, dernier vestige du masculin, une mort assurée.
L’absence de surmoi de cette jeune femme suscite une inquiétante étrangeté et rend le dernier tableau de la pièce très glauque.
L’auteure exagère à peine le mouvement sociétal actuel : elle crée une dystopie pas si éloignée du réel, et nous alerte sur la disparition, par la castration, des hommes et des pères.
Bâtards
Texte et mise en scène : Louise Dupuis
Avec Thomas Gourdy, Lucile Oza, Lise Lomi, Louise Dupuis et Julien Storini
Durée : 1h30
Théâtre Lepic, 1 avenue Junot, 75018 Paris
Le dimanche à 19h, jusqu’au 3 janvier 2027
Infos et réservations



Je réagis, je laisse un commentaire