Après la mort de sa meilleure amie, une jeune femme, Claire, tombe dans la mélancolie. Cette amie d’enfance (Laura, jouée par Isild Le Besco[1]) qu’elle avait plaisir à coiffer et qui symbolisait pour elle la féminité n’est plus et elle ne sait vers qui se tourner. Le jeune veuf est tout aussi désemparé. Et pour lui aussi nous découvrons vite que la défunte représentait la féminité, ou du moins marquait son adresse. Pour combler l’absence de la disparue, le jeune veuf commence à se travestir. La jeune femme le découvre et commence alors entre eux une relation amicale mais érotique. Ils inventent ensemble le personnage de Virginia. Virginia sera la nouvelle amie de Claire. Une quête sur l’identité commence pour chacun d’eux.
Pour Freud, la grande différence entre le pervers et le non-pervers, c’est que le premier reste fixé dans son développement à la question de la non-différenciation sexuelle et que, d’une certaine façon, il a besoin d’y croire pour jouir. Aussi, chez lui il ya une grande porosité psychique entre le masculin et le féminin, et son versant féminin opère sans cesse. Ceci explique pourquoi Romain Duris/David/Virginia cherchera à coucher avec Claire, en cela que cette femme est mariée et qu’il voudra assouvir par un édifice secret une homosexualité latente où le mari de Claire joue son rôle sans le savoir sur la scène de son Oedipe inversé. Calaire quant à elle, par cette féminisation de David, construit un lien très robuste avec lui, car si elle l’aime c’est qu’elle aime ce morceau de la femme qui lui manque et qu’elle croit repèrer inconsciemment chez lui. Ce bord féminin de David que Claire va aimer lui donne la promesse d’entrevoir ce qu’elle recherche de son propre féminin. Cette féminité qu’elle pourchasse l’attache à lui par une corde imaginaire telle une proie. Elle ne peut se détacher de lui, car le quitter serait se quitter elle-même. Toutefois, il y a disharmonie dans cette dyade car ce que David veut acter par le corps, Claire se le refuse pour les mêmes raisons, au titre de la différence de traitement de la peur de la castration entre les hommes et les femmes. Si David couche avec Claire, il le fera en tant que femme; femme du mari de Claire, personnage très machiste, très mec. Si Claire couche avec David, elle le ferait en tant que femme, en tant qu’homosexuelle, de ce type d’homosexuelle qui se cherche femme dans les bras d’une supposée vraie femme. Lorsqu’ils se retrouvent à l’hôtel, elle succombe avant de s’enfuir, je ne peux pas – dit elle, car tu es un homme. Leur quête respective refuse l’appariement.
Anais Demoustier, jeune actrice, est si émouvante, si attachante, si sincère dans ce rôle que j’ai pensé à Sidonie Csillag, la jeune homosexuelle reçue il ya cent ans par Freud, et j’ai pensé à elle avec affection et compassion. Romain Duris, est décidément un grand acteur, il marche sur des talons encore mieux que Mme Doubfire, il est une femme, qui est un homme qui reste une femme: en un mot, le spectateur renonce à coder mentalement le genre de ce personnage tant le transformisme est réussi.
Ce film est un grand plaisir, à voir et à revoir, si l’on accepte que par une mystérieuse exigence d’happy end, Ozon a ajouté au roman une fin irréaliste.
[1] On se félicitera du casting en repérant une fois de plus, comme après Au fond des bois de Benoit Jacquot, combien cette actrice sait jouer le féminin.
