whiplash 1Si vous pensez comme il est d’usage aujourd’hui que le système éducatif gagne à être le moins traumatisant pour l’élève, que tous les élèves se valent au point que les notes doivent être proscrites, et que chaque étudiant est capable de tout. Si vous pensez qu’au fond nous ne sommes pas fait pour quelque chose, que le singulier n’est dû qu’au hasard et non à une raison aussi imposée que mystérieuse. Si vous refusez que notre personnalité et notre bio puissent être les victimes d’une vocation comme l’appel d’un destin qui nous oblige. Alors vous sortirez de ce film avec la nausée.

Et si vous pensez que l’identification à l’agresseur est une impasse, vous sortirez de ce film avec la colère.

Le quarantième festival du film américain a consacré comme une évidence le film Whiplash déjà vainqueur de Sundance et très apprécié à Cannes à la Quinzaine car il représente tout ce que le cinéma américain sait faire de mieux. Nous assistons, émerveillés mais mal à l’aise, à une histoire de vocation, d’espoir et de souffrance, au  travers de la relation malsaine, sado-masochiste, entre un professeur de jazz et son jeune élève, Andrew Neiman. Impitoyable, d’une rare violence, la pédagogie du prof Terence Fletcher (extraordinaire J-K Simmons habitué aux seconds rôles, entre autre le nazi d’Oz) sidère et captive. Dans cette envie de réussir fiévreuse et démoniaque du professeur comme de l’élève  se pose la question existentielle. Whiplash est un très beau film, cruel et violent sur une autre méthode d’éducation. Loin des convictions de la masse, ce film  nous raconte, par l’allégorie, qu’autre chose est déjà là, toujours, entre chaque professeur et chaque élève.

 Je ne veux pas ‘spoiler’ car cet article est écrit  pour vous précipiter voir ce film, chronique de cette autre chose, d’une sublimation réussie, d’une rencontre entre le maître et l’esclave, entre le parrain et son apprenti. Et comme il y a toujours du tiers, je vous laisse découvrir la magnifique scène finale, lors d’un concert, qui  consacre la destitution du tiers, de l’institution scolaire par le professeur, et du quatrième sang batterie whiplashmur du théâtre par l’élève. Et dans cette destitution en ricochet, le maître sadisant, le père, retrouve l’élève, enfant battu. Le vrai père de Neiman, derriere un rideau coté jardin, est témoin bienveillant de cette rencontre enfin possible

L’humiliation et un travail acharné du souffre-douleur préféré du professeur sadique aux codes fascistes (crâne rasé, démarche militaire[1]) vont engendrer un génie.

Ceux qui n’ont vu dans ce film qu’une ode à l’humiliation scolaire n’ont pas compris grand-chose à cette périphérie du réel qu’est le cinéma, à cette parabole de la sublimation et de l’irréductible du narcissisme et, au loin, à la recherche du père et  donc de l’amour. Ne renoncez pas à ce plaisir en courant voir un film très bien joué, magnifiquement réalisé, avec une bande son tout simplement enivrante.

[1] Pied de nez qui signe un peu plus le caractère analogique du film, Andrew Neiman, l’élève est juif.


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