LE CERCLE DES UTOPISTES ANONYMES, au Grand Parquet.

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Détournements de slogans, chansons de toutes sortes, musiques en morceaux, proclamations lyriques et affirmations farcesques et burlesques, rêves d’absolu qui deviennent des cauchemars, poésie d’un monde rêvé qui bascule en un rien de temps en rationalisations effrayantes. Trois personnages, un rien clownesques, se questionnent. Ils s’interrogent sur l’utopie, questionnent leurs propres rapports à cela, tout ce qu’il peut y avoir de naïf, d’enfantin dans cette exigence.

Trois acteurs donc et un dispositif scénique astucieux fait d’un rideau rouge pendu à un portant au centre de la scène. Les acteurs entrent en traversant ce rideau. Ils entrent sur scène en n’en quittant une autre. Une mise en abyme où les personnages, traversant le quatrième mur viennent nous parler, plus proches de nous. Des acteurs qui cesseraient d’être acteurs pour devenir des rencontres. Ils semblent maladroits, comme le sont parfois les rencontres fortuites. Tout est sur un fil. Les trois funambules sont sur un fil. Ils sont authentiques. Stéphanie Marc défend magnifiquement sa proposition. .

Cela devrait nous inquiéter et c’est exactement l’inverse qui se produit. Le texte d’Eugène Durif[1] jette sur la route ces trois êtres vers l’utopie, c’est-à-dire vers nulle part. Et on participe au voyage, saisi par le jeu.  Le propos est courageux. Sur la scène, presqu’à portée de main, apparaît par les imperfections comme quelque chose d’infiniment familier et de tout aussi étrange au titre des mêmes imperfections. Une tranche d’humanité par l’intrication paradoxale de nos fragilités et de nos espérances. Eugene Durif, au physique bonhomme n’hésite pas à parcourir ses fiches pour citer une bonne phrase, pour ne pas trahir la pensée d’un autre, en s’effaçant.

A l’époque de Daech, et alors que dans l’histoire des hommes, tant d’utopies se sont succédées, qui ne dissimulaient que des fascismes, nos trois personnages parviennent à nous captiver. Durif par son jeu et sa mise en scène nous dit des choses qui nous font penser autrement. L’utopie est une contingence qui doit sans cesse être discutée car la certitude est grosse du dogme, le dogme du dogmatisme politique. L’utopie consiste à tout réinventer, même l’amour. L’utopie est donc un intime qui se compromettra avec le collectif. L’utopie est un doute pour l’homme. Rien ne résiste par et à la pensée de l’homme. Car rien ne tient. Le grand Autre n’existe pas, dirait Lacan.

C’est cette expérience que nous vivons comme spectateur. Si l’expérience humaine, de l’intime et du collectif  est l’essence même du théâtre, et bien le théâtre de Durif est du grand théâtre.

Rappel, s’il en faut, qu’il est essentiel de soutenir le théâtre privé[2], qu’il faut tout aller voir de ce contemporain. Du théâtre public, des nationaux avec leur force industrielle et leur présence marketing, le théâtre privé, souvent escamoté, est l’auxiliaire vital.

 [1] Il fonde en 1994 la compagnie L’Envers du décor et cosigne avec Catherine Beau quelques mises en scène. Il lui arrive d’être comédien. Il compte aujourd’hui plus d’une vingtaine de pièces, la plupart éditées par Actes Sud-Papiers. On aura raison de lire son dernier roman « L’âme à l’envers » chez Actes Sud. Eugène Durif sur Wikipédia

 

[2] Terrible communiqué de presse du Grand Parquet

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