Au théâtre de la Ville et avant une tournée, Jérôme Deschamps, met en scène Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert une exploration de la bêtise humaine à partir du roman de Flaubert. Deschamps y joue au côté de Micha Lescot. Par ERIC SENETERRE.


Deux copistes se rencontrent, se reconnaissent, et à la faveur d’un héritage, s’emballent d’un savoir mal digéré, avant de retourner à leurs copies. Le roman, interrompu par la mort de Flaubert, était sous-titré  encyclopédie de la bêtise humaine et devait intégrer en 2ᵉ partie le dictionnaire des idées reçues.
Jérôme Deschamps a entrepris la tâche ardue de dialoguer un roman qui ne l’était pas, et de retrouver l’esprit ironique d’un texte devenu difficile à lire: certes la bêtise ne change pas, mais ce qu’elle copie, oui.
Si le rythme Deschamps fait merveille sur la relation des compères, la mélodie Deschiens frise la trahison… Flaubert gardait à Bouvard et Pécuchet une couche d’intellectualité apparente qu’il s’appliquait à rendre la plus mince possible… Par un hasard providentiel, ils déterrèrent à Balleroy, chez un étameur, un vitrail gothique et il fut assez grand pour couvrir, près du fauteuil, la partie droite de la croisée jusqu’au deuxième carreau. Le clocher de Chavignolles se montrait dans le lointain, produisant un effet splendide. C’est ridicule, mais ça ne saute pas aux yeux. Deschamps lui, a besoin d’une stupidité évidente pour la magnifier et la faire reluire jusqu’à l’universel.
Est-ce complémentaire in fine ? Peut-être bien car Flaubert et Deschamps se rejoindraient certainement sur le plaisir des deux amis à être ensemble et eux-mêmes s’accorderaient pour se moquer des moqueries, et pour piquer à Flaubert la dernière phrase de l’éducation sentimentale c’est là ce que nous avons eu de meilleur.  Jérome Deschamps, en Pécuchet grandiose et mesquin à souhait, et Micha Lescot, en marsupilami christique incarnant Bouvard, donnent parfaitement à sentir la complicité voire l’amour qui les lient. Deux domestiques savoureux (Lucas Herault et Pauline Tricot) font percevoir, par leur résistance passive, l’entêtement du réel à contrarier nos deux héros dans leur désir de changer le monde. Même le décor reste immuablement de friche.
On ressent après coup comme un pincement au cœur. Est-ce bien nécessaire à notre époque de se moquer de la bêtise sous l’angle de l’excès des désirs de connaissance ? Il n’y a plus beaucoup d’excès en ce domaine… malheureusement moins par atténuation des excès que par perte des désirs.


BOUVARD ET PECUCHET

Jérôme Deschamps, Lucas Hérault, Micha Lescot, Pauline Tricot

Crédits Photos Armelle-et-Marc-Enguerrand 
mise en scène & adaptation
Jérôme Deschamps
d’après le roman de
Gustave Flaubert
costumes  Macha Makeïeff
lumières  Bertrand Couderc
assistant lumières Julien Chatenet
scénographie Félix Deschamps


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