[Critique TLC] MME KLEIN DE NICHOLAS WRIGHT MISE EN SCÈNE BRIGITTE JAQUES-WAJEMAN AUX ABBESSES

Brigitte Jaques-Wajeman quitte son auteur de prédilection pour mettre en scène la pièce cornélienne de Nicolas Wright sur les rapports mère-fille et sur l’impérieux cependant que parfois mis en échec désir des êtres de donner un sens à ce qui leur arrive. C’est exemplaire et jubilatoire.
★★★★★

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Londres 1934, Mélanie Klein la célèbre psychanalyste, pionnière de la psychanalyse des enfants vient d’apprendre la mort de son fils Hans. Sa fille Melitta, également psychanalyste l’accuse de l’avoir poussé au suicide tandis que Paula, une autre psychanalyste est témoin involontaire de la querelle entre la mère et la fille. Mme Klein tente de surmonter la profonde dépression et l’immense culpabilité qui la rendent un instant vulnérable. Lors d’une veillée funèbre improvisée les trois psychanalystes vont détricoter ce qui est advenu et tenter d’élaborer un sens nouveau aux événements, et de surcroît rincer quelques vieux conflits.
Le décor est classique; dans un salon se distribuent une table, un bureau, un canapé et sur le tapis des jouets d’enfants outils des cures. Des cintres tombent des grands rideaux en velours qui ratatinent les personnages et au fond du plateau une toile lumineuse sur laquelle on pourrait apercevoir comme un œil sous un sourcil masculin, fait tiers et hors champ. Certainement pour éviter l’effet cathédrale et sauvegarder le biais intimiste, la pièce se joue dans une lumière réduite (insuffisante?).
Et le combat a lieu car le propos de la pièce est le combat entre une mère et sa fille, une guerre des mots et du sens. Les phrases courtes mais toujours fines et percutantes à la Pinter se succèdent et entre chaque acte la petite musique de l’âme se fait entendre par un violon et une contrebasse. Le champ de bataille est le champ de la parole explique Brigitte Jaques-Wajman. Les trois psychanalystes ne se ménagent pas; affranchies de leur surmoi elles assument leur dire. Les trois comédiennes sont absolument exceptionnelles. Sarah Le Picard est l’amie qui souhaite avant tout devenir l’analysante de Mélanie Klein; elle défend admirablement un personnage dans un doux et empathique faux semblant intriguant. Clémentine Verdier est la fille qui aménage son auto dépréciation en jouant la comédie de la solidité. De ce rôle enchâssé, elle interprète celle qui joue, elle s’en sort avec talent.
Et Marie-Armelle Deguy est Mélanie Klein plus vraie que nature, elle incarne la célèbre psychanalyste dans un ici et maintenant et une immédiateté qui signent les grands psychanalystes et les grandes comédiennes. Elle emporte les rires du public lorsqu’elle joue une Mélanie Klein qui oublie une nécessaire distance avec son personnage célèbre, et elle nous serre la gorge lorsqu’elle découvre que parfois les choses adviennent par hasard c’est à dire dans l’absence totale de sens.
A l’issu de ce cruel huis clos , Mélanie Klein, optimiste reprend son ministère. Elle aura labouré avec nous la question de l’amour maternel, du ravage de cet amour toujours trahi et inévitablement déçu et de la déréliction des hommes.

La pièce est un moment délicieux de mots et de théâtre à ne rater sous aucun prétexte.

 

la chronique à Toutelaculture.com

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