La grande Salle de La Tempête semble maudite. Apres un Quai Ouest liquéfiant s’y joue désormais une adaptation du roman de Boulgakov, Le Maitre et Marguerite. Igor Mendjisky nous noie sous les artifices de mise en scène. On y somnole ferme.
Le roman nous vient sous forme de trois récits. C’est d’abord une histoire d’amour passionnel entre le Maître et Marguerite; celle-ci vendra son âme au Diable pour retrouver celui qu’elle aime. Le roman aborde aussi la souffrance du créateur, le Maître, écrivain censuré, puis nous transporte en Judée. L’empereur Hadrien soucieux de punir les Juifs de leur révolte baptisa la Judée : Palestina. Nous assisterons en Palestine à la rencontre entre Ponce Pilate et Jésus le Nazaréen. Enfin nous suivrons les mésaventures de nos héros dans la Russie des années 1930; car le Diable vient de débarquer à Moscou.
En 2012, on s’en souvient, le britannique Simon McBurney adaptait pour le Festival d’Avignon le roman de Mikhaïl Boulgakov. La pièce fut un événement et brillait par son rythme; jouée dans la cour d’honneur du Palais des Papes McBurney donnait au même acteur le rôle du maître et du diable.
L’adaptation d’Igor Mendjisky se veut politique et rocambolesque; le metteur en scène franco-polonais de 34 ans cherche à rendre compte de la confusion entre rêve et réalité. Sans rythme, la pluralité du roman serait rendue par la multiplication des langues, on entend du français du russe de l’hébreu, et par le fouillis de la succession des scènes. L’ensemble ressemble à un atelier d’étudiants en art dramatique. Les comédiens souffrent de la direction acteur. Romain Cottard oublie son habituel talent et interprète son personnage sans aspérités, sans développement tout au long des trois actes. Marc Arnaud interprète un Maître atone. Alexandre Soulié utilise exclusivement son physique dans des rôles qui méritaient mieux.
Ce salmigondis de mises en scène ne nous aura rien épargné. On aura vu Hitler, Sadam Hussein et Staline danser sur des airs cubains. On aura vu un jeune enfant du public humilié par le diable sur le plateau. Des globes terrestres auront été déversés sur ce même plateau pour tenter en vain de s’associer au génie de Chaplin. Les amoureux d’histoire se seront étranglés à apprendre que selon Mendijsiky, il y aurait eu à l’époque de Ponce Pilate autour du lac de Tibériade non plus Provincia Judea alias Palæstina mais trois entités : Israël, la Palestine et la Jordanie. Les amoureux tout court auront serré les dents lors de l’assassinat sur scène de la si belle chanson de Lou Reed, « Just a perfect Day ».
Au tomber de rideau, le public s’ébroue en songeant à la navette de retour, seuls quelques ados gesticulent de joie et hurlent Bravo. A chacun appartient sa réaction de n’avoir rien compris.
Avec : Marc Arnaud, en alternance avec Adrien Melin, Romain Cottard, Pierre Hiessler, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van den Driessche, en alternance avec Marion Déjardin, Yuriy Zavalnyouk

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