Bord plateau à l’issue de la représentation avec l’autrice et comédienne animé par David Rofé-Sarfati

Au cœur de la vie

Comme le journal intime d’un voyage, ce seule-en-scène onirique, mêlant théâtre et danse, relate l’odyssée intérieure d’une femme. De la cour de sa grande maison vide à des chambres d’hôtel à travers la planète (Hong-Kong, Dubaï, Lyon ou Amsterdam…), elle partage avec nous ce qu’elle voit. Comment être au monde, dans ce paysage contemporain vertigineux, où la nuit et les forêts disparaissent ?

Note d’intention

Comment être « au milieu de la vie » (media vita), c’est-à-dire en son cœur, quand les écrans nous détournent de notre vie intérieure ? Comment entendre encore le silence quand le monde bavarde?


J’avais envie de témoigner de ce vertige qu’il y a à être au monde, en partant d’une écriture orientée vers la recherche de la simplicité : une contemplation immobile, un spectacle sur « presque rien ». Aucune psychologie, mais une pure description des perceptions. Je souhaitais donner à la fois une vision kaléidoscopique du monde contemporain, à l’évolution inquiétante, et dans le même temps, des fragments de vie d’un être sur cette terre. J’avais envie de donner un poème de nos voix intérieures confrontées à l’émerveillement d’être au monde, comme à l’énigme tragique de devoir le quitter. Dans le spectacle, mon intention est de faire ressentir au public la difficulté que nous avons à relier le dehors et le dedans, le balancement que nous éprouvons entre le vide et le plein, le sentiment d’éternité et celui de finitude. Comment ? en partageant avec lui des moments ’observation, voire de méditation, qui ont tous pour but d’essayer de saisir le sentiment de vie dans le présent. Le spectacle invite à quitter notre obsession des écrans, retrouver notre regard personnel, revenir à la contemplation simple de la nature, éprouver sa vie intérieure. Mais, dans le même temps, il éveille aussi à la conscience douloureuse de la mise en danger du monde par l’humanité elle-même, et place chacun face à ses choix. Cécile Falcon.

Le seule-en-scène est construit sur une alternance, une oscillation entre l’histoire de moments intérieurs (tableaux intimes dans la maison) et celle de visions du monde extérieur (séquences dans des paysages urbains). L’idée est en effet de donner au public cette sensation de vertige, l’impression que l’on a parfois de débarquer d’un coup dans un monde inconnu. Ici l’apparent carnet de voyage est en même temps un journal intime caché. Car il s’agit bien aussi de décrire l’extérieur pour ne pas dire la peine, la solitude, les doutes.


E X T R A I T S

Je suis dans la cour de la grande
maison vide,
allongée sous l’arbre,
et je ne fais rien.
Pour la première fois, je vois des
tiges métalliques qui transpercent le
mur.
Est-ce que la maison a mal ?
Il y a l’esprit de la maison
et l’esprit de l’arbre.
De l’esprit partout,
mais peut-être pas en moi. .
Tout mon esprit est parti dehors !

Je suis dans la chambre de la grande
maison vide, face à la fenêtre.
Je regarde l’arbre au travers.
Il y a tant de feuilles
des milliers de créatures amassées
derrière la vitre.
Elles sont beaucoup trop proches de la
fenêtre.
Pourquoi elles me regardent comme
ça ?
L’arbre ne va pas se contenter de la
cour.
Depuis ma fenêtre de ma chambre
d’hôtel,
je vois les rues étroites, les immeubles
dégradés

Cécile Falcon est autrice, comédienne, metteuse en scène et professeure d’Histoire du théâtre au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique (CNSAD)-Université PSL depuis 2012. Elle est la fille de feu André Falcon, sociétaire honoraire de la Comédie-Française. Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, diplômée de Sciences Po Paris, et passée par une maîtrise d’Histoire des mondes arabes-musulmans et de l’arabe classique, elle est agrégée de lettres modernes et docteure en Études Théâtrales. 

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