Dans la suite du bord plateau autour de la pièce Les petits Chevaux, nous avons reçu ce texte de Jean-Jacques Moscovitz1Jean-Jacques Moscovitz est un psychanalyste et psychiatre français, né en 1939.Ancien interne des hôpitaux psychiatriques de la Seine, il se forme à la Société Psychanalytique de Paris, puis est membre de l’École freudienne de Paris. Membre fondateur de l’association Psychanalyse actuelle, Jean-Jacques Moscovitz est également membre fondateur et animateur du groupe Le Regard Qui Bat(cinéma et psychanalyse) dont quelques remerciements que nous recevons avec tendresse.
Nous avions vu ensemble Zone d’intérêt et voilà que nous assistons au théâtre à une très belle pièce beaucoup plus généreuse et du bon côté des choses à propos des Lebensborn (fontaine de vie en Français). Nous sommes donc ensemble. Pour Zone d’intérêt, les critiques disent tous que c’est glaçant. Je ne vois pourquoi sinon accepter l’idée qu’un film qui (d’ailleurs pas mal fait) nous montre une vie de famille, de nazis assassins, à côté d’un camp d’extermination, célèbre pour avoir préservé les assassins des tueries par balle à l’Est de l’Europe, de leur avoir évité de souffrir. Le gaz de la machinerie nazie, a permis à ces braves gars (des demi fous vrais) de ne plus se servir de leur fusil si lourd qu’à trop s’en servir ça leur faisait mal aux épaules. Le camp les a soulagés. Aujourd’hui, d’autres demi -fous sont dans la même satisfaction. Et vont voir le film dans une admiration chaude plutôt que glaçante. Aussi, écrivons-le ici : il ne faut pas aller voir ce film.

À l’opposé, cependant que dans la même lignée de questions, la pièce les Lebensborn vient nous montrer la nature même du nazisme en son départ, soit un certain eugénisme concret.
Nous sommes dans cette salle de spectacle de la Reine Blanche, dans le Paris, du 18e de la rive droite, populaire et sympathique. Nous voilà face à la nature même du nazisme en son origine singulière, celle de fonder une nouvelle civilisation par la mise en place d’une parentalité concrète, organique centrée sur les yeux bleus et la blondeur des enfants, rabotés volés, ou tout simplement, recueillis de femmes ayant à avorter en secret.
Les informations que les acteurs nous donnent à partir des trois scénaristes sont excellentes. La parentalité juive, qui est proprement symbolisante, car elle est symbolique sur fond de réalité tangible, le transgénérationnel. Qui nécessite trois générations telles que la récente accepte l’identité juive des deux précédentes. Cela s’appelle transmettre les modèles parentaux avec le risque bien sûr d’une transmission qui ne soit jamais parfaite. C’est le fait de la transmission par du parler. De la parole. Cette parentalité juive caractérise le judaïsme.
Vouloir (et acter) concrétiser le gênerationnel à partir de la réalité matérielle d’une crèche nommée Lebensborn dans le réel c’est imiter là aussi le judaisme ; le nazisme le fait à un niveau concret, i.e. psychotique, c’est l’œuvre de demi-fous. C’’est exactement le même tabac que de considérer que les juifs ont fondé l’humanité, qu’ils en sont l’origine. Alors on les élimine. Alors les nazis, pourront en prendre la place de façon concrète. Ce sera le FührerPrincip, le principe du Un derrière lequel tout le monde se range pour que rien ne dépasse. Hitler pour le citer ici, aurait admiré éperdument les femmes Estoniennes pour leurs yeux bleus et leur blondeur sans fin..
Une association m’est venue durant la représentation une fois la lumière allumée à partir de ce que DRS a dit lors du débat (qu’il sait si bien faire) : cette pièce est d’autant plus importante que c’est actuel. L’actuel, c’est Gaza entre autres grands soucis français, l’agriculture et les élections en Europe, et surtout avec l’Ukraine qui est en train probablement de perdre la guerre. Mais l’actuel, c’est Gaza : c’est l’enfant otage Kfir qui a eu un an en décembre 2023, le petit rouquin, israélien, confié à une mère Ghazaoui. Est-elle de cette violence matricielle de la femme musulmane radicale, obéissant aux lois des frères musulmans, l’islamisme qui se répand de plus en plus à travers le monde. Ce matriciel dirige le fils pour qu’il soit martyr, shaiïd, afin qu’il tue et se tue, qu’il soit témoin de la foi, et aille au paradis retrouver ses 72 vierges. La femme n’existe pas à Gaza. Dans cette croyance-là, il n’y a aucune symbolisation qui ne tiennent, tout est fermé, obturé. Il n’y a pas d’ouverture, il n’y a pas de fracture, il n’y a pas d’anfractuosité possible. Pas de doute et de paradoxal. Pourquoi donc cette mère ne vient-elle pas rendre à l’armée d’Israël ce bébé afin qu’il retrouve ses parents et sa maman. Maman tellement présente dans la pièce, où l’acte principal consiste à avoir une mère, ou plutôt une maman, le plus important pour l’enfant et probablement pour l’enfant qui reste en l’adulte, de façon actuelle. Décidément comment se débarrasser de ce monde que le nazisme a ouvert et qui est cette possibilité de nier toute subjectivité et d’annihiler toute tendresse, dans un vécu corporel.
Une phrase a été dite pendant la pièce: on a ses parents dans son corps. Cela fonde, probablement l’inconscient freudien. C’est pourquoi ce bord de scéne mérite un coup de chapeau une fois de plus…


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