Avec l’affaire Rosalind Franklin, Elisabeth Bouchaud s’intéresse au destin de celle qui découvrira la structure en double hélice de l’ADN, une découverte qui lui fut volée sans scrupules par ses collègues, Wilkins, Crick et Watson.


Elisabeth Bouchaud, directrice du Théâtre de la Reine Blanche est physicienne de formation. Elle propose en son théâtre la série Les fabuleuses, un triptyque sur la vie de femmes scientifiques que l’Histoire a ignorées.

Le destin d’une scientifique femme

Le troisième épisode de la série est consacré à Rosalind Franklin, physico-chimiste Juive britannique.Avec la complicité de la metteuse en scène Julie Timmerman à qui on doit entre autres l’excellent Un démocrate, elle s’intéresse à l’histoire invraisemblable et cependant si probable de celle qui a découvert la célèbre structure en double hélice de l’A.D.N qui valu à ses collègues Wilkins, Crick et Watson le prix Nobel de médecine en 1962.

Nous sommes en 1968. Rosalind Franklin est morte dix ans plus tôt. Vittorio Luzzatti, son ami qu’elle avait connu à Paris, entre 1947 et 1950, quand elle était chercheuse au CNRS vient témoigner du parcours de cette femme.

En 1951, Rosalind Franklin arrive à Londres pour travailler sur l’ADN ; elle s’y sent vite très seule dans un monde scientifique dominé par les hommes.  Bien que jeune, elle est mondialement pour ses travaux.

Elle est une expérimentatrice géniale, qui construit ses propres instruments, qui s’investit jour et nuit dans ses expériences, qui obtient des résultats. Dont la fameuse photo 51, celle que Maurice Wilkins a volée, puis montrée à James Watson pour valider l’hypothèse de la double hélice de l’ADN.

Elle mourra prématurément en 1958 d’un cancer de l’ovaire, probablement lié à l’exposition aux radiations lors de ses recherches, sans savoir que les résultats qui vaudront à Watson et Crick le prix Nobel s’appuient sur ses travaux, dérobés à son insu. Si Wilkins remercie Rosalind Franklin, ni Watson ni Crick ne la citent ni ne reconnaissent son rôle. Ce sera seulement en 2003 que Watson finira par reconnaître que « Rosalind Franklin aurait également mérité le prix Nobel ». 

Une conteuse

Elisabeth Bouchaud sait raconter les histoires, et elle nous raconte avec son envie de transmettre la vie éblouissante de Rosalind Franklin. Elle raconte le désir, les ambiguïtés, les sentiments cachés. Elle explique aussi chaque personnage, James Watson, Maurice Wilkins, Francis Crick, avec intelligence et discernement. Nous comprenons tout. Nous cheminons entre labos, recherches et intrigues d’appareil. Nous restons captivés par ce qui se joue dans la sphère scientifique, par ce qui se trame entre les êtres et par ce que fut cette période de l’immédiat après-guerre.

Isis Ravel incarne avec talent la femme lumineuse et passionnée, entre acharnement et inventivité, tandis que la scénographie confirme que Julie Timmerman sait écrire le théâtre documentaire.

Le texte d’Elisabeth Bouchaud subtil, semble répondre à la mise en scène complexe cependant que fluide de Julie Timmerman. Très belle pièce.

Avignon OFF 2024 à la Reine Blanche à 18H15, durée 1H15.


L’affaire Rosalind Franklin d’Elisabeth Bouchaud. Scénographe : Luca Antonucci.Collaboratrice artistique : Véronique Bret. Avec Julien Gallix, Balthazar Gouzou, Matila Malliarakis, Isis Ravel. Compositeur: Benjamin Laurent. Créatrice son : Mme Miniature. Costumiers : Majan Pochard, Dominique Rocher. Créateur lumière : Philippe Sazerat. Metteuse en scène : Julie Timmerman. Visuel Affiche. Vu le 6 juillet à la Reine Blanche, Avignon

Soyez le premier à lire nos critiques et contributions

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur L'Autre Scène (.ORG)

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture