L’écriture collective dirigée par Lisa Guez a produit une pièce dynamique sur le psychodrame analytique. Le plaisir débordant du théâtre vient recouvrir l’envie didactique.


De son inventeur Moreno à nos jours, le psychodrame analytique est présent partout en France comme un dispositif clinique redoutablement efficace. Il consiste à restituer des conflits psychiques sous une forme théâtrale interprétée par le patient et une troupe de soignants. Le psychodrame fabrique un espace qui ouvre à d’autres destins des pulsions. La décharge y est adoucie par la place donnée au mouvement des corps. La théâtralité permet d’explorer la reconnaissance de l’autre, différent, singulier. 

Qui mieux que la scène de théâtre elle-même peut témoigner de cette pratique thérapeutique qui mêle imaginaire, simulacre, vérité et corporalité. Nous sommes dans la salle commune d’un centre d’accueil pour femmes. Il a été décidé de fermer l’atelier de psychodrames pour le remplacer par de la Gestalt ou de l’EMDR. La pièce est un enchaînement de séances de psychodrame. Dans une suite de consultation, nous allons croiser Héda la patiente très agressive, puis Marie, la femme serpent qui rampe à qui on enjoignait enfant de marcher droit devant soi. Et d’autres encore. Jusqu’à la fermeture du lieu.

La pièce est une joyeuse comédie chantante et dansante baignée dans l’optimisme forcé d’une équipe soignante attachante et de patientes émouvantes. La troupe est formidable. Ces comédiennes sont remarquables.

On regrettera la naïve symétrie entre le gouffre psychique des patientes et la dépression secrète de soignantes. On regrettera aussi l’absence des sessions de retours essentielles au dispositif et où sont étudiés, analysés et élaborés dans l’après coup des psychodrames.

Une soignante caricaturale évoque le nom de Jacques Lacan à chaque fois qu’elle se sent désemparée par la patiente. C’est très drôle. Le choix du biais parodique crée une farce tendre et constructrice.

La pièce est un bonheur, elle insuffle une réjouissante promesse.


Psychodrame
Conception et mise en scène Lisa Guez
Avec Fernanda Barth, Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour, Jordane Soudre
Collaboration à la mise en scène et à la dramaturgie Sarah Doukhan
Création lumières et scénographie Lila Meynard
Réalisation du décor dans les Ateliers de construction du Théâtre de la Cité sous la direction de Michaël Labat
Création sonore Louis-Marie Hippolyte
Conseil scientifique Géraldine Rougevin-Baville
Collaboration artistique et production Clara Normand
Regard chorégraphique Cyril Viallon

Durée : 2:20

Vu le 3 décembre 2024 au Théâtre de la Ville, Les Abbesses, Paris

Crédit Photos Jean-Louis Fernandez

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