Après La Scortecata et Pupo di zucchero, Emma Dante clôt sa trilogie inspirée du Conte des contes de l’écrivain napolitain du XVIe siècle Giambattista Basile avec une satire universelle du politique, mais aussi du narcissisme.


Comédienne, dramaturge, metteuse en scène de théâtre et d’opéra, auteure et réalisatrice, Emma Dante a écrit plusieurs pièces qui ont fait date.

Dans Bestie di Scena, elle se penchait sur l’humiliation. Dans Misericordia, elle abordait la maternité avec l’intelligence du cœur. Et à chaque fois, elle nous arrachait des larmes et des rires. Avec Il tango delle capinere, elle s’intéressait au couple traditionnel. Et à l’amour.

Adaptations formidables et très libre des contes de Giambattista Basile, La Scortecata,  exaltait la vieillesse et les rêves perdus. et Pupo di Zucchero célébrait le gouffre du deuil. A l’italienne.

Le roi poule

La troisième fable de Giambattista Basile dont se saisit Emma Dante raconte les aventures d’un roi qui s’essuie le postérieur avec une poule aux plumes douces et soyeuses qu’il croit morte. Sauf que le gallinacé est bel et bien vivant. Il s’agrippe à l’homme puis s’installe dans ses entrailles lui faisant pondre un œuf d’or par jour. Le roi qui ne veut plus se nourrir de peur d’engraisser la poule survit à peine à une longue agonie. À l’épuisement du souverain s’oppose les intrigues de cour de la famille à nourrir le roi et ainsi la poule aux œufs d’or. La famille royale cupide multiplie les attentions vers le roi, ne se souciant que de son hôte intestinal.

Le conte est délicieux et loufoque. La facture reprend le biais. Carmine Maringola (il était Carolina, inoubliable, une des deux vieilles de La Scortecata ; il était le vieux de Puppo de Zuchero) incarne le roi. Il est majestueux, fragile, viril, féminin. Il fascine. Il nous donne à voir toutes les modulations de son personnage. Nous entrevoyons par son art jusqu’à la poule qu’il héberge dans son derrière. Carmine Maringola est géant.

La mise en scène entre guignol, opéra et théâtre traditionnel et contemporain pousse l’esthétique si loin que nul besoin de décor. La bande son vient finir le chef-d’œuvre.

Un conte, c’est aussi une morale. Elles sont nombreuses les leçons à tirer de ce conte pour enfants et pour adulte. Qui résiste à tuer son roi sauf le cupide qui s’enrichit par lui. Qui une épouse (une mère) aime lorsqu’elle aime le roi (l’enfant roi) qui lui offre des œufs d’or. Comment vaincre l’emprise sauf par son propre égoïsme, à réintroduire du narcissisme.

On pense à Volpone de Jules Romains et à His majesty the baby de Freud. Le narcissisme chez Emma Dante est pluriel. Il est magnifique et désopilant.

Sa dernière création est splendide.



Rencontre avec Emma Dante

mardi 28 janvier à 19h30

À l’occasion de la parution française du roman d’Emma Dante, Rue Castellana Bandiera, aux éditions du Chemin de fer, une rencontre avec Emma Dante et sa traductrice Eugenia Fano aura lieu à la librairie Les Parages, 89 rue Sedaine, Paris 11e. La rencontre sera ponctuée par des lectures d’extraits du roman par Emma Dante elle-même et suivie d’une séance de dédicaces.

entrée libre 


Re Chicchinella, le roi poule

librement inspiré du Conte des contes de Giambattista Basile
texte et mise en scène et scénographie et costumes Emma Dante
avec Angelica Bifano, Viola Carinci, Davide Celona, Roberto Galbo, Enrico Lodovisi, Yannick Lomboto, Carmine Maringola, Davide Mazzella, Simone Mazzella, Annamaria Palomba, Samuel Salamone, Stéphanie Taillandier, Marta Zollet
durée 1h 

crédit photos ©masiar-pasquali

vu le 6 janvier à la colline

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