Olympe de Gouges plus vivante que jamais au Théâtre La Divine comédie du 14 janvier 2025 au 29 Mars 2025 (sauf les 1er et 4 Mars 2025) les mardis à 19 H 30 et les samedis à 15 H 00.
Le nom d’Olympe de Gouges est demeuré dans l’histoire pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyennequ’elle rédigea en 1791 et qui lui valut, entre autres griefs, l’échafaud. En effet, aussi surprenant que cela puisse paraitre, les femmes étaient exclues de La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
Pour le reste, Olympe de Gouges nous reste inconnue. Cet oubli, cette injustice commise vis-à-vis de cette femme hors-norme, pionnière du féminisme est désormais réparée par la pièce écrite, mise en scène et interprétée par Joëlle Fossier-Auguste.
Qui fut la femme Olympe de Gouges ?
Nous la rencontrons dans sa cellule de la Conciergerie et elle va nous conter son histoire et ses combats, souvent par l’entremise de confidences faites à son geôlier Fabien, avec lequel se noue une relation de séduction. Séduction à laquelle ne renoncera jamais cette femme libre, entre deux âges, devenue « fine fleur du pavé de Paris » tout en rêvant de Versailles.
Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, nait en 1748 et meurt guillotinée le 3 novembre 1793 sur la Place de la Concorde à Paris. Son père est boucher, mais elle nait d’une liaison adultérine de sa mère avec un client, le dramaturge et Marquis Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. On retrouvera la plupart de ses engagements futurs en germes dans cette naissance naturelle, au sein d’un « couple à trois. »
A l’âge de dix-sept ans, ses parents la marient à Louis-Yves Aubry, son ainé de trente ans selon la légende. Neuf mois plus tard, elle donne naissance à un fils, Pierre. Son mari eut la bonne idée de mourir peu de temps après, par noyade. Elle ne se remariera jamais, trop soucieuse de préserver sa liberté d’écrire. La loi l’interdisait aux femmes mariées tout comme « Lire, écrire, imprimer, graver, scander, solfier, et peindre etc. ».
Elle monte enfin à Paris et débute une carrière de femmes de lettres et de fille un peu légère, plus ou moins entretenue. Son mode d’expression est surtout le théâtre « On y rêve ! », on y vit. Elle y mènera aux travers de ses pièces, certains de ses combats les plus cruciaux pour l’abolition de l’esclavage et le droit au divorce. Sa première pièce Zamore et Mirza,accueillie par le public dans le scandale et l’opprobre, relateles amours d’une femme blanche avec un homme noir.
Sa naissance en grand écart, entre deux mondes, lui donnera une certaine folie des grandeurs. Elle se forgera une nouvelle identité, elle s’autoanoblie et emprunte le joli prénom de sa mère Olympe, inaugurant en cela, une sorte de filiation par la mère. Fille adultérine avec deux pères, un boucher et un Marquis, sa mort témoignera de cette double extraction. Incroyablement visionnaire, elle fera le procès des hommes et de leurs abus, se situant toujours du côté des opprimés.
Nous découvrons enfin Olympe de Gouges magnifiquement incarnée, en ses multiples facettes et contradictions, elle « jure comme un Chartier », n’est « ni une bas bleu, ni une pécore » et tente désespérément de s’emparer de « la chose virile. »
Son destin témoigne de la « triste destinée des auteurs femelles », même si l’on peut se poser la question de la qualité de ses écrits qualifiés de trop romanesques et mièvres.
De sa cellule « Mon royaume », Olympe de Gouges scande ses demandes, étrangement visionnaire : l’abolition de l’esclavage, la reconnaissance des enfants naturels, le droit au divorce, la protection des indigents, l’ouverture de maternités, l’accès à l’université pour les femmes, l’accès au métier d’avocat, etc. En deux siècles, tous ses combats auront été gagnés, sans que ne soit apposé son copyright
À la fin du spectacle, le public manifeste son vif enthousiasme ; il mesure l’importance des questions soulevées. Il a enfin rencontré Olympe de Gouges en chair et en os, cette femme intellectuelle et gouailleuse, héroïque et coquette, surprenante, injustement méconnue.
La pièce de Joëlle Fossier-Auguste lui rend enfin justice.
Dans le livre. Muse de la raison. Démocratie et exclusion des femmes en France, livre de Geneviève Fraisse publié en 1989 par Les éditions Alinéa, puis réédité chez Gallimard en 1995, Olympe de Gouges n’est citée que trois fois, au détour de certaines phrases et elle ne figure même pas dans la bibliographie.
Le sujet de l’exclusion des femmes de la sphère publique et celui de leur accès à la connaissance, savoir et sexualité, reste toujours brûlant et partage encore aujourd’hui le monde en deux pôles sur ces enjeux. Y aurait-il un lien nécessaire entre la fondation de la démocratie et l’exclusion des femmes ?
Une place « suffisamment » libre pour les femmes resterait-elle encore à définir ?
Selon Sigmund Freud, la femme est porteuse des intérêts sexuels de l’humanité. Dans une célèbre Lettre à Martha, avec laquelle il restera fiancé quatre ans, le temps de se bâtir une situation financière digne de la famille qu’il souhaite fonder, Sigmund Freud pose les règles : « Devrais-je par exemple considérer ma douce et délicate chérie comme une concurrente ?
Dans ce cas, je finirais par lui dire, comme je l’ai fait il y a dix-sept mois, que je l’aime et que je mets tout en œuvre pour la soustraire à cette concurrence et que je lui attribue pour domaine exclusif la paisible activité de mon foyer. » Que redoutait Freud ? Etaient-ce des préjugés sexistes ? On peut lui faire crédit d’être plutôt visionnaire.
La femme échange son dévouement contre la fidélité de son époux, sacrifice contre protection. Et elle renonce à la concurrence, inévitablement transformée en rivalité entre hommes et femmes. « Le mariage lui-même ne veut pas de deux esprits forts. » Le danger est d’exacerber la guerre des sexes si on renforce les similitudes et d’obtenir une neutralisation des différences, productrices peut-être d’une inquiétante confusion.
Olympe de Gouges incarne le destin d’une femme guillotinée pour protéger les hommes de leur Terreur de la castration et de voir voler en éclats leur rassurante domination masculine.


Laisser un commentaire