La pièce, voulue par Camille Cottin traverse le roman au succès mondial de Katharina Volckmer. Une femme allemande qui cherche à devenir un homme, mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de devenir propriétaire d’une bite juive, déplie, avec la force de l’humour, fantasmes et fantômes du peuple allemand. Et par extension du citoyen européen.

Le roman se nomme Jewish Cock en France, The Appointment, sous-titré « The Story of a Cock » en Angleterre et « The Story of a Jewish Cock » en Amérique.
Allongée, les jambes écartées, une jeune femme observe le crâne dégarni du Dr Seligman (clin d’œil à Philip Roth) en train de l’ausculter. Elle se lance dans un monologue absolument déjanté. Bien sûr, il est des endroits plus douillets pour raconter sa vie. Mais quand on est une jeune fille allemande en passe de devenir un jeune homme circoncis, se livrer au crâne dégarni de son gynécologue pendant qu’il vous examine, n’a finalement rien d’embarrassant.
La pensée de la patiente chemine et se raconte sans honte. Elle se confie sur ce corps qui l’encombre, sur ses rêves de Hitler qui finissent par déstabiliser Jason son psy. Elle parle de son héritage familial, de la culpabilité d’être née sur les ruines d’un passé Nazi. Elle raconte son amour pour K, rencontré dans les toilettes publiques et avec qui elle partage une passion pour le théâtre.
Le ton est à un humour d’autodérision et de relativisme de l’horreur. Celle qui rêve d’avoir une bite d’un Juif en a déjà l’humour. Elle achètera son pénis avec l’argent venant de son arrière-grand-père, chef de gare de la dernière station avant Auschwitz ; on pense à Extinction de Thomas Bernhard, où l’héritier d’un argent nazi fait un don à un organisme juif.
Camille Cottin signe une adaptation brillante du roman. Elle la réussit en particulier en modifiant un peu l’ordre des séquences afin que l’intrigue littéraire, continue à tenir mais autrement dans une version théâtralisée, plus linéaire. Camille Cottin, prouve à chaque instant, combien elle a su aimer le texte, élixir philosophique et psychologique.

À cette adaptation tout à fait réussie, la comédienne offre son immense talent. Elle est une diva. Chaque adresse au public, chaque mouvement du corps, chacun intonation, collabore au texte et au sous-texte. Chaque moment de grâce, et ils sont nombreux, précipite le public en résonance avec la comédienne.
Aïe
Toutefois, la mise en scène et la scénographie vivent une existence parallèle. Ils desservent le texte. Nous assistons à un combat entre l’art de Camille Cottin et les choix abracadabrantesque du metteur en scène. Les motifs se succèdent inutilement. Le voilage mauve qui enserre la scène agresse. Au centre, un drapé de la même couleur respire. Le décor halète donc ou peut-être agonise-t-il d’une fatigue esthétique.
Nous vivons deux expériences simultanées, l’expérience de Camille Cottin, mesurée au texte, et l’expérience d’une mise en scène occupée à ajouter un handicap à la comédienne. Pourquoi ajouter ces pauvres épices à un mets de roi. Pourquoi précipiter un caviar au milieu d’un salmigondis froid. Dommage.
Hourra !
La pièce reste un succès. Lorsque le prologue au noir (pourquoi?) se termine, et que Cottin apparaît face à nous ; elle sourit et nous plongeons sans résistance dans l’œuvre.
Le talent de Camille Cottin intriquée à celui de Katharina Volckmer suffit à notre bonheur.
Katharina Volckmer confiait avoir beaucoup lu Freud, mais elle signale : l’ironie de mon roman, c’est que l’héroïne ne se livre pas à son psychanalyste Jason, à qui elle préfère Seligman son médecin juif.
Humour, psychanalyse et humour encore …
Adapté du roman « Jewish Cock » de Katharina Volckmer, paru aux Editions Grasset
Adaptation pour la scène Camille Cottin et Jonathan Capdevielle
Traduction française Pierre Demarty
Mise en scène Jonathan Capdevielle
Avec Camille Cottin
Crédit photos Alois Aurelle
Vu le 17 janvier aux bouffes du nord.


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