François Cluzet, immense acteur aux multiples facettes, est également un honnête homme. Son retour éclatant sur les planches est un événement à ne surtout pas rater.
François Cluzet signe son grand retour sur scène après vingt-cinq ans d’absence, porté par la mise en scène d’Emmanuel Noblet, maître des adaptations littéraires, couronné d’un Molière pour Réparer les vivants. Avec la scénographie soignée d’Alain Lagarde, le spectacle offre un écrin idéal à la performance intense de Cluzet, entre virtuosité et émotion brute.

D’après le roman de Denis Michelis, François Cluzet prête sa verve et sa nervosité à Robert, un thérapeute en rupture, habité par un optimisme rageur, impatient, colérique, et pourtant gagné par le désenchantement. L’introspection analytique lui semble dépassée, il lui oppose l’action. Mais cette volte-face tourne à l’obsession. Interné en hôpital psychiatrique, il se rêve prophète d’un monde nouveau, artisan d’une psychanalyse réinventée, d’un ordre à refonder. Rien de moins qu’une Weltanschauung inédite. À mesure que défilent les jours – et ces séances qui n’en sont pas –, le spectateur, happé par la logorrhée envoûtante de Cluzet, voit la réalité se troubler, insaisissable.

Thriller psychologique, le récit insuffle des révélations qui le voit dériver vers le polar, naviguant entre faux-semblants et vérités vacillantes. Et au centre, un Cluzet magistral : tour à tour attachant, bougon, nerveux, exécrable, fragile. Toute l’humanité ramassée en un seul homme, toute une carrière d’acteur concentrée en un rôle. Son retour sur scène est un événement.

Sans trop en dévoiler, il faut saluer son art subtil de nous entraîner, avec une légèreté trompeuse, sur la pente douce de la folie. Jusqu’à un final qui laisse interdit.
Encore une journée divine
De Denis Michelis
Mise en scène Emmanuel Noblet
Avec François Cluzet
Scénographie Alain Lagarde
Lumières Dominique Bruguière
Costumes Fanny Brouste
Son Samuel Favart-Mikcha
vu le 23 février aux Bouffes parisiens



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