Au Théâtre Nanterre-Amandiers qu’il dirige depuis 2021, Christophe Rauck s’est emparé brillamment de la pièce de l’anglaise Alice Birch. Le metteur en scène assisté de Marianne Segol invente une pièce étonnante de rupture. Une diachronie massive conçoit un spectacle enrichissant. Et fécondant.


Au début de la pièce, Carol sort de l’hôpital après une première tentative de suicide, Anna est dépendante à l’héroïne et Bonnie, médecin, observe cette dynamique familiale destructrice. Carol et Anna suivent un traitement par électrochocs, sans effet. Au final, suite à trois chemins de vies différents mais si semblables à certains égards, Bonnie, fille d’Anna et petite-fille de Carol, toutes deux mortes par suicide, choisit de ne pas avoir d’enfant, redoutant de perpétuer une malédiction familiale. Elle finit par vendre la maison familiale.

L’intrigue, simple et même basique, décrit le destin du trauma qui se déverse de génération en génération, à la manière des Atrides ou de l’épigénétique. Toutefois, le choix de l’auteure, à travers l’utilisation d’une technique de récit particulière est à la fois judicieux et brillant. La pièce suit en parallèle les trois destinées. Les événements de trois époques se juxtaposent sur scène ; parfois les mots des trois périodes se mêlent. Ainsi, Alice Birch, par une approche subtile, par un diachronie malicieuse prend à revers l’air du temps qui ne croit qu’en l’horizontalité et qui n’a de cesse que d’ abolir la verticalité.

les trois itinéraires se déploient côte à côte, révélant les frottements d’une histoire qui tantôt se répète, se distend ou se prend de sursauts. Par fines touches, Alice Birch fait affleurer ce qui dans la vie parfois vacille, et c’est bouleversant.

Grâce à cette grammaire innovante, Christophe Rauck donne vie à une œuvre théâtrale conceptuelle et originale. L’attention du spectateur est captée par une construction scénique complexe et inédite. L’interprétation est parfaite. Les prestations d’Audrey Bonnet, Noemie Gantier et Julie Pilod ou encore de Mounir Margoum anime la troupe. Sous nos yeux l’assemblée poétique des personnages accompagne la longue pente du destin qui s’abat sur cette mauvaise graine. La pièce est un drame. Une tragédie. Toutefois, le dernier tableau dernière scène, Alice Birch ne croit ni à l’horizontalité ni à la décroissance, emporte notre foi en l’avenir.


Texte
Alice Birch

Mise en scène
Christophe Rauck

Traduction
Séverine Magois

Avec
Audrey Bonnet
Eric Challier
David Clavel
Servane Ducorps
Noémie Gantier
David Houri
Sarah Karbasnikoff
Lilea Le Borgne
Mounir Margoum
Julie Pilod

Dramaturgie et
collaboration artistique

Marianne Ségol-Samoy

Scénographie
Alain Lagarde

Musique
Sylvain Jacques

Lumière
Olivier Oudiou

Costumes
Coralie Sanvoisin

Maquillages et coiffures
Cécile Kretschmar

Vidéo
Arnaud Pottier

Stagiaire assistant à la mise en scène
Achille Morin

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