Après avoir créé House en 2023, Amos Gitaï créé un spectacle sur le Golem. Figure légendaire issue de textes kabbalistiques, le Golem est une créature d’argile créée pour protéger la communauté juive en réaction aux persécutions. La création théâtrale, s’inspire d’un conte pour enfants d’Isaac Bashevis Singer, de textes de Joseph Roth, Lamed Shapiro, et des biographies de comédiens.
Collages
En lieu et place d’une pièce de théâtre, le réalisateur israélien Amos Gitaï, a réalisé un florilège de performances : chants, danses, musique, visuel filmé et théâtre. Pour un spectacle bien déroutant, où la figure du Golem géant d’argile, censé sauver les juifs, est le prétexte d’une mise sur scène de l’histoire des massacres successifs des juifs à travers le monde.
Entre excellence et médiocrité, entre performances et leçons d’histoire, le spectateur tente de ne pas perdre le fil tenu qui lierait ensemble les différents tableaux. La qualité des performances n’est pas égale. Les performances musicales sont extraordinaires : la harpe, les chants, le violon, le ténor ; les performances théâtrales et filmées sont médiocres, particulièrement le jeu des acteurs dans la grande scène de l’inquisition.
Dérision
Gitai Choisit la dérision ; le spectacle des accusations infondées de meurtres d’enfants, accusations qui menèrent des centaines de juifs à être brûlés vifs en Espagne et au Portugal, provoquent des rires gênés. Il détonne des tableaux dramatiques du reste du spectacle. N’est pas Mel Brooks qui veut !
En matière de détournement de l’histoire par le rire, le film La folle histoire du Monde, en particulier la scène sur l’inquisition, reste une référence indétrônable.
Le choix de la scénographie est intéressant. Amos Gitai décide de tout poser au plateau. Les tombereaux de vêtements tombants, tel un Deus ex machina, nous transporte dans le souvenir des tas de vêtements des juifs déportés dans des camps de concentration. Tout se passe devant nous, rien en coulisse. L’horreur se montre devant des spectateurs passifs, silencieux, amusés parfois malgré eux, fascinés par l’horreur.
L’angle mort
Reste le goût amer d’un angle mort, celui du dernier massacre de juifs (1500 morts en quelques heures, viols compris) le 7 octobre 2023 en Israël, par le groupe terroriste dénommé Hamas.
Certains ont vu dans Golem la démonstration du ridicule et de la répétition obsessionnelle des massacres antisémites depuis la nuit des temps et incluant en creux celui du 7 octobre. D’autres y discerne un évitement intentionnel et politiquement correct de ce dernier massacre ; car son horreur voudrait être recouverte par la fureur et par le bruit d’un nouvel (?) antisémitisme : l’antisionisme, justifiant l’habituel passivité haineuse ou indifférente quant au sort des juifs.
L’effort éducatif de Gitai se termine par une présentation inhabituelle des acteurs franco-israéliens. Pour se convaincre d’une paix possible dans le monde entre juifs et arabes ; une sorte de fin Peace and love du 21ᵉ siècle, un « Chalom Archav » (la paix maintenant) réinventé, désynchronisé de la réalité politique et des attaques antisémites à travers le monde, depuis le massacre du 7 octobre 2023. L’aurait-il convaincu?
texte Amos Gitaï et Marie-José Sanselme
mise en scène Amos Gitaï
avec Bahira Ablassi, Irène Jacob, Micha Lescot, Laurent Naouri, Menashe Noy, Minas Qarawany, Anne-Laure Ségla
les musiciens Alexey Kochetkov au violon et synthés, Kioomars Musayyebi au santour, Florian Pichlbauer au piano
et les chanteuses Dima Bawab, Amandine Bontemps, Zoé Fouray, Sophie Leleu, voix et harpe, Marie Picaut en alternance
recherche Rivka Markovitski Gitaï
assistanat à la mise en scène Céline Bodis, Talia De Vries, Anat Golan
lumières Jean Kalman assisté de Juliette de Charnacé
son Eric Neveux
scénographie Amos Gitaï assisté de Sara Arneberg Gitaï
coiffures et maquillage Cécile Kretschmar
costumes Fanny Brouste assistée d’Isabelle Flosi
patine costumes Emmanuelle Sanvoisin
vidéo Laurent Truchot
conseiller musical et chef de chœur Richard Wilberforce
préparation et régie surtitres Katharina Bader
conseiller et coach yiddish Shahar Fineberg
fabrication des accessoires, costumes et décor ateliers de La Colline

