Moment unique, accroché au temps, moment de présent que seul le théâtre sait construire parfois malgré lui. Daniel Mesguich nous arrache du réel pour une fiction totale. Envoutant.
Lorsque le rideau s’ouvre, Le maitre est assis sur une jambe face à un micro, feuillets en main. Au fond, une aquarelle épurée. Nous sommes entre deux mondes, celui du théâtre, celui du conte, disons-le autrement : celui de la présence et celui de l’absence. Comme le souligne Daniel Mesguich : C’est comme si c’était l’histoire d’un homme qui se racontait une pièce de théâtre. Ou c’est comme si une pièce de théâtre traversait un seul homme. Dans les deux cas, le présent a un goût de souvenir.
Dans la pièce de Daudet, on ne voit jamais L’Arlésienne, n’est-ce pas ? Cette fois, on ne verra pas davantage les autres, Frédéri, Vivette, Rose Mamaï, le Gardian ou Balthazar… mais on entendra leurs spectres, ou plutôt leurs audres (si sur spectare on a pu construire spectre, il faut, sur audire, construire audre )…
C’est lui, Daniel Mesguich, qui façonne par la voix, par les voix cette œuvre avec une intensité rare. Acteur de renom, metteur en scène brillant, professeur au conservatoire d’art dramatique pendant plus de trente ans, il incarne l’âme de notre théâtre national. Face à la complexité et à la richesse de l’Arlésienne, il s’impose comme le maître, offrant une interprétation inédite où chaque rôle devient une signature de son immense savoir-faire.
Il sait faire vibrer la voix de cette tragédie méridionale. Seul sur scène, virtuose, il donne vie à tous les personnages, avec des accents et des couleurs qui plongent le spectateur dans un univers sensoriel, entre la Provence perdue et ses passions déchirantes.
Daudet, cet auteur qui se connait tragique, est à redécouvrir dans toute sa complexité. L’œuvre est traversée par une profondeur émouvante, mais aussi par des angles sombres qu’il est important de souligner pour en apprécier toute la complexité humaine et historique.
Daniel Mesguich rend tout. Son talent impose le respect : il n’est pas seulement un interprète. Il est le boss.
Assistante à la Mise en Scène : Sterenn Guirriec
Création Sonore : Maxime Richelme
Vidéo : Baptiste Magnien
Auteur(s) : Alphonse Daudet
Artiste(s) : Daniel Mesguich
Metteur en scène : Daniel Mesguich


