C’est une fiction, bien sûr. Une rencontre rêvée, improbable, mais terriblement émouvante : décembre 1980, peu de temps après l’assassinat de John Lennon. Et pourtant, il est là, face à Paul McCartney. Vivant, spirituel, presque tangible. Dans Lennon et McCartney, Germain Récamier imagine cette entrevue fantasmatique comme un huis clos vibrant, porté par deux acteurs-musiciens habités par leurs rôles, et animés par la musique d’un groupe devenu mythe : les Beatles.
Le spectacle oscille entre dialogues poignants et intermèdes musicaux, mêlant souvenirs, mélodies cultes et non-dits enfin mis à nu. Il ne s’agit pas ici d’un simple concert-hommage, ni d’une biographie scénique linéaire, mais d’une relecture sensible et intelligente d’une amitié légendaire, de ses déchirements et de ce qu’il reste lorsque la gloire s’estompe : l’humain, à nu.
Paul convoque John. Il a besoin de lui, non seulement pour jouer, mais pour comprendre, revivre, reconstruire une histoire. Leur histoire. Celle de quatre garçons dans le vent, devenus les icônes planétaires que l’on sait. Mais ici, l’angle est plus intime : loin du tumulte médiatique, les deux hommes se retrouvent dans une sorte de no man’s land musical et affectif, un espace mental où les chansons sont autant de balises émotionnelles.
La mise en scène, sobre mais efficace, laisse toute la place au dialogue intérieur et à la puissance évocatrice des morceaux repris. Chaque chanson ravive un souvenir, une querelle, un éclat de rire, une douleur rentrée. Et la question plane, lancinante : Beatles un jour, Beatles toujours ? Ou bien, comme le laisse entrevoir Paul, est-ce le désir de revivre cette alchimie créative, de retrouver dans la musique une amitié perdue, voire une part de lui-même ?
Les deux comédiens-chanteurs, absolument remarquables, ne cherchent jamais l’imitation pure. Ils incarnent avec justesse ces deux figures majeures de la pop culture, sans caricature ni emphase. Leur complicité sur scène, leur talent vocal et instrumental, leur sens du rythme, créent un lien immédiat avec le public, qui redécouvre à travers eux l’écho profond d’une époque révolue, mais jamais oubliée.

Ce spectacle, à la fois hommage et confession, est une œuvre touchante et profondément humaine, qui interroge la création artistique comme fruit d’une relation — celle d’une amitié, d’un amour fraternel, souvent mis à mal par les années et les egos.
Et si, au fond, c’était cela que Paul venait chercher : non une gloire ressuscitée, mais une réconciliation avec l’homme qu’il a aimé, et avec la musique qu’ils ont inventée ensemble ?
du 5 au 26 juillet relâche les 10, 17, 24 juillet
17h40 durée 1h15 COLLÈGE DE LA SALLE (THÉÂTRE DU)
Salle : La Chapelle

